Dark Shyne Dracoliche

 Inscrit le : 11 Avr 2006 Messages : 1275 Localisation : DTC Feuille de personnage Perso: Qu'un Oeil
 | Sujet: Dark Shyne Sam 27 Mai - 11:33 | |
| Assis sur le palier de ma porte, j’astique la lame émoussée de mon premier sabre tout en me remémorant son acquisition. J’étais alors âgé de quatorze ans. La coutume voulait que chaque année, à l’occasion de la fête du Printemps, tous les garçons de quatorze ans se réunissent sur la place du village, ainsi que tous les artisans, commerçants et représentants de toute autre profession désireux de prendre un apprenti. Tour à tour, chacun des maîtres nommait l’enfant qu’il avait choisi de former. Le maître s’engageait à apprendre un métier à l’enfant, à subvenir à ses besoins et lui fournir un logement. En échange, l’apprenti devait respect et obéissance à son maître, qui avait alors l’autorité d’un père. Pour certains, le choix d’un apprenti représentait le transfert de techniques et secrets transmis de génération en génération ; il n’était pas rare qu’un père choisisse son fils en tant qu’apprenti, afin qu’il puisse, un jour, lui succédait, et que les savoirs possédés par la famille ne se perdent pas, ou ne s’éparpillent pas. Parfois, il y avait plus d’enfants que de maîtres, ou bien alors un maître préférait se passer de disciple plutôt que de choisir l’un des garçons restant, ceux que l’on jugeait incapables à l’apprentissage d’un métier. Ces enfants-là n’avaient d’autre choix que travailler comme paysan pour leur seigneur, en espérant être choisi l’année suivante. Je me rappelais ce jour. L’impatience avec laquelle j’avais attendu le verdict qui allait définitivement décider de mon avenir, mêlée avec la peur de ne pas être choisi par un maître dont la profession m’intéressait, ou pire, ne pas être choisi du tout. Mon corps tout entier tremblait de plus en plus au fur et à mesure que les maîtres appelaient à eux leurs disciples. Mes amis avaient tous étés choisis par leur père pour leur succéder plus tard, mais moi, je n’avais pas de père. Il ne restait bientôt plus que moi. Moi, et le silence. Tous les regards étaient braqués sur moi, certains moqueurs, d’autres empreints de pitié, tout simplement. Je n’arrivais pas à me faire une raison et n’osais pas rentrer chez moi ainsi, la tête basse. Alors, j’étais resté là, dans l’espoir qu’on m’avait tout bonnement oublié. Les gens commençaient à rentrer chez eux lorsqu’une voix tonitruante s’était faite entendre : « Laissez-moi passer, bougres d’andouilles ! J’ai un apprenti qui m’attend ! ». Le cœur au bord des lèvres, j’avais fixé la foule à l’endroit d’où semblait provenir la voix. Les gens s’étaient écartés, et un petit homme trapu et barbu s’en était extirpé. « Té, c’est toi le petit Dark ? Je t’imaginais plus costaud, m’enfin bon, vous autres humains n’êtes jamais bien robuste… ». Un nain ! Mon maître allait être un nain ! Je n’en avais jamais vu avant, mais j’en avais souvent entendu parler. Tout en continuant de débiter son flot de paroles, le nain m’avait tiré par la manche et nous nous étions en route. Nous avions marché pendant un long moment lorsqu’il s’était arrêté pour me demander : « Mais au fait petit, tu habites où ? ». C’est alors que j’avais pris conscience de l’étourderie de mon maître. Je l’avais emmené chez moi, j’avais fait mes adieux à ma mère et nous avions quitté la ville en chariot.
Revenant soudain à mon cimeterre, je m’aperçois que j’ai fini d’en nettoyer la lame. Elle est ébréchée à de multiples endroits, et le pommeau de sa garde est cassé, ce qui rend l’arme quasiment inutilisable car déséquilibrée. Je me relève et fais quelques moulinets dans le vide. Je frappe, pare, contre-attaque, simulant un combat contre plusieurs adversaires imaginaires. L’arme me paraît légère aujourd’hui, mais il n’en avait pas toujours été ainsi. Mon maître s’appelait Kikkeldur. Il avait quitté ses terres d’origine pour aller exercer le métier d’armurier chez les hommes. En y repensant, il s’agissait plus d’un marchand ambulant que d’un forgeron à proprement parler. Toujours est-il que depuis mon adolescence, j’ai été entouré d’épées, de haches et de marteaux, d’armures, de casques et de boucliers. Le jour de notre rencontre, il m’avait mis ce sabre entre les mains. « Tu sais t‘en servir, petit ? M‘avait-il demandé. Evidement, je n‘en avais jamais eu entre les mains auparavant. C‘était si lourd ! « Garde-le, va ! Je t‘en fais cadeau ». Nous voyagions dans des pays en période de guerre, car les affaires y allaient bon train. La guerre était devenu pour moi quelque chose de naturel, préférable à de longues périodes de tranquillité synonymes d’ennui. Lorsque j’en avais l’occasion, je jouais à la guerre avec les gamins des villages que nous traversions. Je fabriquais moi même les armes (en bois, car le métal coûtais cher) ce qui me permettait de me faire des amis très vite et de m’intégrer rapidement dans les bandes de galopins locales. Malheureusement, je ne restais jamais bien longtemps au même endroit. Je n’ai donc jamais eu de véritable ami au cours de mon adolescence, mais cela développa en moi une certaine indépendance. J’avais mené cette vie de vagabond durant quatre longues années. Mon maître était bon avec moi, et ne me donnait pas trop de travail. J’avais donc beaucoup de temps libre, que je passais la plupart du temps dans les tavernes, à charmer les demoiselles qui s’y trouvaient aussi. Il faut dire que j’avais un contact aisé avec les gens, étant donné que je m’étais habitué à nouer des amitiés rapidement, bien que de courtes durées. C’est aussi ce genre de relations que j’entretenais avec les filles que je rencontrais. Quelquefois, il arrivait que je drague par inadvertance la petite amie d’un autre. Je ne renonçais pas pour autant, au contraire, j’ai toujours été partant pour une petite rixe dans une taverne ! Cependant, j’étais seul, et il arrivait parfois que mon rival soit escorté de quelques camarades. Quand la bagarre tournait au vinaigre pour moi, je lançais un défi au soupirant de la demoiselle. Un combat jusqu’au premier sang. Le vainqueur pouvait demander une faveur au perdant. Honte à celui qui se défilerait. Nous sortions alors nous affronter dans une petite ruelle, à l’écart des patrouilles de la milice.
Le cimeterre que je tiens dans les mains n’a jamais tué personne, mais il a mis plus d’une jouvencelle dans mon lit. Et lorsqu’elles me demandaient si j’avais apprécié ce moment passé ensemble, j’avais pour habitude de répondre que ça ne représentait qu’une encoche de plus sur mon épée. Cette pensée me fait toujours sourire. Je rentre chez moi. Mélancolique comme à chaque fois que j’en ai terminé le nettoyage, je repose mon tout premier cimeterre sur son râtelier. Puis j’en prends un autre. Je ressors et m’assieds à l’entrée de ma demeure, profitant du soleil matinal, et je commence à astiquer la lame rougeâtre du sabre. Le fil en est aiguisé, l’extrémité recourbée est acérée. Du sang a coulé sur la garde, et a séché. Mon premier cimeterre n’a jamais tué personne, non, mais celui-là n’en a jamais assez ! Et les autres de ma collection non plus… _________________
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