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Drahzar

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Hasufel Jack
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Perso: Drahzar

MessageSujet: Drahzar   Jeu 2 Nov - 18:07

DRAHZAR



by Bubulle


Le soleil se couche à l'horizon. Je regarde les dernières étoiles s'éteindre à la surface de l'océan tandis que l'astre solaire disparaît. Les arbres, les bâtiments, les gens... tous projettent une ombre immense. Le crépuscule donne une dimension effrayante aux choses. Le vent se lève et l'odeur du large me parvient. Je respire à fond, puis m'allonge.

C'est bien.

Je ferme les yeux.


Allongé sur le toit, j'essaie tant bien que mal de me calmer. Mon coeur bat fort contre ma poitrine et je tremble. Je fais le vide en moi, je ne pense plus à rien. La nuit est d'encre, et une légère bise caresse mon visage et me fait frissonner. L'agitation règne en bas, les gens s'activent, travaillent, font du bruit. Le cité ne dort jamais.

Il est l'heure.

J'ouvre les yeux.
J'inspire un grand coup avant d'expulser tout l'air contenu dans mes poumons, puis je me lève. Je rassemble mes affaires, me drape dans ma cape et j'y vais.
Je me déplace silencieusement de toit en toit. Je ne prête pas attention aux badauds dans les rues car ils ne peuvent pas me voir, trop affairés pour lever la tête. Et j'avance, ombre parmi les ombres.
Je suis arrivé. Il n'y a personne en bas.

Lance-toi.

Je m'approche du rebord et me suspends dans le vide. Je me laisse tomber, puis me rattrape au rebord extérieur de la fenêtre. J'entends des pas dans la rue, quelqu'un vient. Je retiens mon souffle et reste dans cette position, immobile. J'aimerais me fondre dans la pierre, ne faire qu'un avec le mur. J'ai peur, peur d'être découvert, peur d'échouer. Je ferme les yeux comme un enfant. Les bruits de pas s'éloignent, je n'ai pas été vu. Je reprend ma respiration en silence, puis me hisse sur l'étroit rebord. Je dois faire vite et sans bruit. Je plonge ma main sous ma cape et en ressort un crochet que je glisse entre les deux volets. J'atteins le loquet, je m'apprête à tirer. Et si je faisais du bruit ? Si on venait à ouvrir les volets pour voir qu'elle était l'origine de ce boucan ? La chute serait sans doute mortelle... Aurais-je le temps de remonter sur le toit ? Impossible, trop haut pour l'atteindre... Pourquoi n'ai-je pas pris de corde ? La fenêtre sur ma droite est assez proche pour que je puisse l'atteindre en sautant, peut-être. Mais si je rate ?
Je tire sur le crochet. Silence. Je ne devrais pas pas m'en remettre à la chance, c'est une entreprise périlleuse. La prochaine fois j'y penserai...
J'écarte les volets, suffisamment pour jeter un coup d'oeil à l'intérieur, et tends l'oreille. Il fait noir, tant mieux, et le son d'une respiration me parvient. Si tout se passe bien, je devrais pénétrer dans la chambre de l'enfant... Ma position est inconfortable, aussi j'écarte les battants l'un après l'autre en prenant garde à ne pas faire grincer les gonds. La fenêtre est ouverte. Normal, par cette chaleur. Encore une fois, la chance me sourit.

Continue comme ça.

Je rentre et referme les volets derrière moi. La pièce n'est pas éclairée mais je vois dans le noir. Je m'approche, et mes suppositions se révèlent exactes : je suis bien dans la chambre du bébé. Je m'approche du berceau. Il dort à poings fermés. Comment peut-on vouloir faire du mal à une créature si attendrissante ? Mais les ordres sont les ordres, et je dois obéir. Comment faire ? Je n'allais pas égorger un nourrisson tout de même ? Non, il est trop mignon pour ça. L'étouffer avec son coussin ? Rien que l'idée de voir ce petit être secoué de spasmes me dégouttait... Je n'avais qu'à le balancer par la fenêtre, comme ça ce serait réglé, et je n'aurais qu'à ne pas regarder. Oui, mais quand il heurtera le sol, il fera "crac", et je n'ai pas envie d'être hanté toute ma vie par le bruit d'un bébé s'écrasant sur un trottoir...
J'observe la chambre de l'enfant en quête d'une idée. Des jouets, des hochets, un biberon... Un biberon ! Je souris à part moi et me saisis du récipient. Il est encore à moitié rempli de lait. J'ôte l'extrémité, plonge à nouveau ma main sous ma cape et en ressors un flacon de liquide. Du sirop de rêve, une mixture sucrée de couleur blanche peu virulente provoquant un état comateux, accompagné de rêves agréables pendant quelques heures. Sur un nourrisson de cet âge-là, le coma serait sans doute définitif. Je remplis le biberon de poison et le repose sur la table. Je secoue légèrement l'enfant afin de le réveiller. Violemment tiré de son sommeil, il se met à pleurer. Le plancher craque, quelqu'un vient. Je me cache derrière la porte. La mère de l'enfant entre, le prend dans ses bras, le berce. Enfin, elle prend le biberon et le porte à la bouche du nourrisson. Je suis soulagé, je n'aurai pas à le tuer, sa mère s'en charge déjà. J'aurai au moins la conscience tranquille. J'attends, épiant depuis l'ombre.
Une fois l'enfant rassasié, sa mère le berce une ultime fois puis le dépose dans son berceau. Il dort déjà, et pour toujours. A l'heure qu'il est, il doit faire de beaux rêves.
Une belle mort, agréable, sans souffrance.

Tant mieux.


Mais je dois agir vite, sa mère quitte la chambre pour aller rejoindre son mari, et j'ai noté les craquements du plancher lors de sa venue et je préfère éviter de prendre le risque de me faire repérer en la suivant. Avec précipitation je glisse à nouveau ma main dans mon vêtement à la recherche d'une arme quelconque. Mes doigts tremblant s'arrêtent au contact d'une bobine de fil de pêche. Je m'en saisis et me faufile derrière la femme avant qu'elle ne ferme la porte en sortant. En un éclair, j'ai déroulé une longueur suffisante de fil, je le lui ai passé autour du cou, et je suis en train de serrer sa fine gorge. Immédiatement l'air vient à lui manquer, mais elle ne peut pas crier. La douleur est aiguë, le fil s'enfonce dans sa chair tendre mais elle ne peut l'agripper pour tenter de desserrer ce collier meurtrier. Mais qu'est-ce que je fais ? Un bébé, maintenant sa mère, tout deux innocents... Je n'y arrive plus. Non, je ne dois pas faiblir ! L'innocence, c'est une question de point de vue après tout, non ? Je n'ai pas tué l'enfant, j'ai juste procuré à sa mère l'arme pour le faire. Cela fait d'elle une meurtrière.
J'émerge de mes pensées et me rend compte que je maintiens encore ma prise sur le corps inerte. Ses yeux sont exorbités et injectés de sang, et son coup lacéré lorsque je retire mon collier meurtrier. Je m'aperçois aussi que mes mains et mes avant-bras sont écorchés. En se débattant, elle m'a griffé jusqu'au sang.
Je me suis menti à moi-même afin de me donner le courage d'être lâche jusqu'au bout.
J'ai tué un bébé, puis sa mère. Le père ne me poserait aucun problème de conscience.

Parfait.

Le mari va s'inquiéter de l'absence prolongée de sa chère et tendre femme, alors que son fils ne pleure plus. Je n'ai plus qu'à aller dans sa chambre sans me soucier de faire craquer ou non le plancher, m'approcher de l'homme dans l'obscurité et le poignarder. Tandis que je mets mes pensées à exécution, je puise dans toute ma lâcheté pour relativiser l'horreur de mes actes. J'allais épargner à cet homme la souffrance causée par la perte des deux êtres qui lui étaient les plus chers. Après tout, c'est un service.
Une gerbe de sang éclabousse mon visage, les draps s'empourprent. Je suis en train de contempler le visage horrifié de l'homme que je viens d'égorger, et qui sent la mort le gagner. Il porte ses mains à la plaie béante que ma dague à tracé dans sa gorge, comme pour essayer de retenir le flot de sang qui s'échappe de son corps, mais en vain. Ses forces le quittent. Chaque goutte de sang versé est un fragment de sa vie qui lui échappe. Il s'endort. Il est mort.

C'est bien.

Tu es un assassin désormais.



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« Prototype personnel de Dieu, mutant à l'énergie dense jamais conçu pour la production en série, trop bizarre pour vivre et trop rare pour mourir. »
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Drahzar

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