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Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Nute Jeu 31 Aoû - 20:11 | |
| Nute roule lentement sur le flan, étendant son bras sous les draps. La place près d’elle est vide, mais encore chaude. Les yeux entrouverts, elle sourit en entendant les flèches siffler et se planter sur la cible, dans la cours. Elle s’étire langoureusement, tel un chat, rechignant à se lever. Laissant glisser le drap sur sa peau nue, elle se lève finalement, s’approchant de la fenêtre pour observer Rajin s’entraîner, à peine réveillé. La peau hérissée par un frisson, elle s’enroule du drap et descend les escaliers de bois menant à la pièce principale, faisant office de cuisine, de pièce à vivre, et d’atelier. Arrivée en bas des marches, elle hésite à poser son pied nu sur le sol de pierres froides et usées par les ans. Cette maison est en réalité une ferme, abandonnée puis retapée du mieux possible par les deux archers, afin de la rendre habitable, faute de trouver mieux. S’élançant et traversant la salle en quelques enjambées aériennes, Nute franchit l’entrée massive et se retrouve à l’extérieur, foulant le sol de terre battue, chauffé par le soleil. Rajin, l’apercevant, pose son arc contre la cible et s’approche d’elle pour la prendre dans ses bras. L’œil pétillant, Nute ouvre les siens et emprisonne l’archer dans le drap qui la recouvre, l’entraînant dans l’ombre de la maison…
Le soleil est désormais haut dans le ciel. Nute et Rajin sont côte à côte dans la grande pièce, astiquant et examinant chacune de leurs flèches avant de les ranger dans leurs carquois. Ils restent ainsi plusieurs heures, passant en revue leur matériel, nettoyant leurs arcs, avec des gestes précis et amoureux. Le temps passe, il est temps de chasser. Les deux amants s’enfoncent dans les forêts alentours afin de ramener de quoi se nourrir, et éventuellement des peaux pour faire un peu de commerce. Ils reviennent après de longues heures de chasse. La journée n’est pas finie. Ils dépècent leurs prises, puis se lancent dans le nettoyage et la préparation des peaux obtenues. Il fait bientôt nuit maintenant. Un sourire aux lèvres, Rajin entraîne Nute jusqu’au ruisseau derrière la ferme. Dans un éclat de rire, la jeune femme se débat lorsqu’il fait mine de la jeter à l’eau. La suite n’est qu’un fouillis d’éclaboussures, de gloussements de rires et de tendres gestes. La nuit enveloppe les deux silhouettes sortant de l’eau, blotties l’une contre l’autre et ramassant leurs vêtements éparpillés sur la berge. Sans s’attarder, les deux âmes se réfugient dans la bâtisse, refermant la lourde porte sur eux et sur la chaleur accueillante de la grande pièce, laissant l’obscurité à l’extérieur.
"Je suis assise dans le sable… j’ai la peau du visage qui me tire… le jour commence à faiblir. Mes vêtements sentent encore la fumée, et par moment il me semble que j’en ai le goût dans la bouche. Cela fait trois jours maintenant que j’erre sur cette plage…Je tiens une épée a la main. La lame est froide, son contact me rassure. Je ferme les yeux. Je ne veux pas me retourner vers les terres car je sais que j’y verrais de la fumée, comme s’il restait encore quelque chose à consumer… Je repense à la ferme, dévorée par les flammes, les cris de mes parents et les pleurs du bébé, enfermés dans l’étable… ils sont encore en vie lorsque j’arrive… je me précipite sur la porte de l’étable, sans prêter la moindre attention aux flammes qui lèchent mes mains. Je garde à peine le souvenir de la chaleur qui m’entoure… mais le fracas de la charpente qui s’effondre… l’odeur des animaux brûlés et de… j’ai un haut de cœur… Ma famille a disparu… mes parents, ma petite sœur… ils sont enfouis sous les centres maintenant. Qu’ai-je fais ensuite ? Mes mains sont brûlées, mes cheveux roussis manquent de prendre feu aussi… je m’écarte… la fumée m’aveugle… je sens la brûlure maintenant. Je titube… mon manteau a pris feu, je l’enlève précipitamment… la chair de mes mains est boursouflée… mes jambes ne peuvent plus me porter, je sens que je vais vomir. Je ne distingue rien autour de moi, mes yeux me brûlent. J’entends le crépitement du feu, les craquements du bois, je comprends avec révolte que je vais mourir. Puis je suis violemment tirée en arrière. Je ne sais pas si je marche ou si l’on me porte, je sais juste que l’on m’entraîne… "
Nute se retourne dans le lit, ses yeux s’agitent sous ses paupières closes.
"Je sens l’air sur mon visage, et je perçois l’odeur de la mer… J’ouvre les yeux. Ils me piquent, mais je peux voir. Je tourne la tête sur le coté. Je suis allongée dans le sable. Il y a quelqu’un près de moi. Sa silhouette est étrange, je ne comprends pas tout de suite. Puis je distingue son visage. Il n’est pas humain. Ses joues sont creuses, sa peau grise, il a de longues oreilles et un regard cruel. C’est une créature de légende, une de celle qui m’effrayait lorsque j’étais enfant. Je n’avais jamais cru à leur existence jusqu’à présent. Il a vu que j’ai repris conscience. Il prend l’une de mes mains, enveloppée dans une bande de tissu noirci, et la met à nu d’un geste sec. Ma peau brûlée s’arrache. Je pousse un cri, qui n’est en fait qu’un gémissement. Un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Il saisit une dague. Il entaille son propre poignet et laisse couler son sang sur ma main écorchée vive. La douleur me fait tourner de l’œil… j’ai de nouveau envie de vomir. Il recommence avec l’autre main. Lorsqu’il la repose dans le sable, je n’y tiens plus : je me retourne brusquement sur le flan et je vomis. Il m’attrape par l’épaule et me force brutalement à me rallonger sur le dos. J’ai de la fièvre, tout tourne autour de moi…"
Nute gémit dans son sommeil. Rajin, réveillé par l’agitation de sa compagne, tente de la calmer.
"Il enroule les bandages autour de mes mains. Je commence à divaguer. J’entends alors sa voix, sifflante. Ses mots ne sont qu’insanités, perfides. Ils s’insinuent en moi telle une brise glacée. Mes lèvres s’agitent en une prière muette. Je tente d’échapper à son emprise mais ses paroles m’envahissent et commencent à annihiler ce qu’il me reste de volonté. Je commence à sombrer…"
Rajin est maintenant a genoux sur le lit, secouant Nute avec force. Elle à cessé de s’agiter dans son sommeil, mais elle est en sueur, et sa respiration est de plus en plus faible. Il est en train de la perdre… il lève bien haut la main et l’abat avec force sur le visage de la jeune femme. Il recommence plusieurs fois. Soudain, Nute ouvre grand les yeux. Voyant cela il suspend son geste. Nute reste une minute hébétée, les joues enflammées par la fièvre et les gifles de son amour. Enfin, son regard croise celui de Rajin, et ses yeux s’emplissent de larmes. Il la prend dans ses bras, la caresse, la console. Le visage enfoui dans son cou, Nute murmure un merci entre deux sanglots. Rajin l’a, une fois de plus, sauvée de son cauchemar.
Le jour s’est levé depuis plusieurs heures déjà. Ouvrant un œil, Nute entend Rajin s’entraîner dehors. Allongée sur le ventre, elle ramène sa main sur l’oreiller, et l’observe. Sa peau est marbrée de blanc, jusqu’au niveau du poignet, vestige de l’incendie dans lequel a périt sa famille. Ses blessures avaient été soignées rapidement. Alors qu’elle était entourée par les flammes, elle avait cru apercevoir une créature de cauchemar, de l’autre coté du brasier. Soudain une femme avait surgit de nulle part, accompagnée d’une panthère, et l’avais tirée avec force loin du feu. Rapidement, elle avait allongé Nute au sol, et avait entrepris d’enduire ses mains d’une pommade à l’odeur très forte, puis de les bander. S’étant évanouie, Nute avais repris conscience dans un hospice, où des prêtresses avaient veillé sur elle nuit et jour pendant toute une semaine. Depuis, les cicatrices dues aux brûlures se sont estompées, ne laissant plus que cette apparence lisse et légèrement marbrée. Elle agite lentement ses doigts, comme hypnotisée par eux. Que signifient ces rêves ? Parfois elle se laisse à penser que la femme qui l’a secourue l’a arrachée à un destin beaucoup plus sombre. Etrange femme d’ailleurs… si elle tente de se rappeler de celle qui l’a secourue, c’est son propre visage, quoique plus endurci et plus âgé, qu’elle voit à chaque fois. Son esprit lui joue des tours. Et pourtant… quelque chose lui échappe… elle a parfois des brides de souvenirs qui ne peuvent avoir été les siens, comme si elle était quelqu’un d’autre… Nute ferme les yeux une longue minute avant de les ouvrir à nouveau, pour chasser les idées étranges qui germent dans son esprit. Dehors, Rajin continue à s’entraîner. La jeune femme se lève enfin. Rajin jette un œil vers la fenêtre alors qu’elle s’en approche. Il lui fait un petit signe auquel elle répond en souriant. Les traits tirés à cause de la mauvaise nuit passée, elle entreprend de descendre les escaliers pour rejoindre son amant, encore emmitouflée dans son drap.
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|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Jeu 31 Aoû - 20:13 | |
| "… Je suis assise près de la proue du navire, sur un tas de cordes enroulées, et adossée à un énorme tonneau. Il n’y a pas de vent, à peine une petite brise, et nous avons baissé les voiles. Je ferme les yeux et inspire profondément. Je savoure ce moment paisible, l’odeur de la mer et le tangage du bateau m’apportent un sentiment rassurant, je me sent bien… Des gens s’activent tout autour, et d’autres, comme moi, profitent de ces quelques minutes d’inactivité. Un peu plus loin derrière, une femme se tiens debout près du gouvernail, fière et droite. Une Elfe noire passe près de moi, m’effleurant du pan de sa robe. Je lève la tête. Elle m’adresse un franc sourire auquel je répond par un hochement de tête. C’est la première personne de l’équipage que j’ai rencontrée. Elle passe son chemin, et j’appuie ma tête à nouveau sur le tonneau, les yeux clos, offrant mon visage à la brise marine…"
Nute respire lentement, calmement. Son visage détendu est à l’image de ceux des enfants en bas âge qui dorment paisiblement, légèrement rosé, les paupières tressautant très légèrement, au rythme de ses rêves. Sa poitrine se soulève doucement, de façon plus prononcée lorsqu’elle inspire profondément. Elle avale sa salive de manière instinctive avec un bruit presque inaudible, et tourne la tête sur l’oreiller, reprenant sa respiration régulière.
"… Je suis cachée derrière un buisson, avec d’autres personnes. Il y a deux Elfes noires et une humaine, comme moi. Je tend la tête afin de voir au delà de la porte fortifiée, puis la baisse rapidement au passage de deux gardes. L’angoisse et l’appréhension me nouent l’estomac. Je lis sur les visages de mes camarades le même sentiment d’impuissance que celui qui m’étreint depuis que j’ai pu me rendre compte de la quantité de gardes circulant dans la ville. Lorsque je pense à ce qu’il va se passer, inéluctablement, ma gorge se noue et les larmes me montent aux yeux. Mon menton tremble, je serre les dents pour ne pas pleurer. J’étouffe dans ma cote de maille, et pendant une fraction de seconde je me demande comment les gardes supportent cela à longueur de journée. Un roulement de tambour, suivit d’un martèlement lent, me glace le sang. Chaque coup de tambour fais bondir mon cœur dans ma poitrine. La foule se presse près de la porte, chacun voulant être le mieux placé pour assister au spectacle, mus par une curiosité macabre. Je me ratatine un peu plus derrière mon buisson, l’estomac tordu de douleur. Le martèlement du tambour s’interromps brusquement, réduisant la foule au silence. Une voix d’homme, fluette, au ton plat, s’élève, énonçant la sentence. Je cesse de respirer, serrant les points. Puis j’entend un claquement sec, suivit du bruit sourd de quelque chose tombant lourdement au sol. Je sursaute, les yeux toujours fermement clos. Une rumeur parcoure la foule, chacun allant de son commentaire. Je tente d’ouvrir les yeux, puis les referme, inondés de larmes. Je suis secouée de sanglots silencieux. Une main rassurante me serre le bras, signe de me ressaisir. Je regarde l’elfe noire, dont le visage offre sans doute le même spectacle que le mien : souffrance, désespoir, et sourde colère. La foule s’est éparpillée, et les gardes se sont éloignés. Nous enfilons nos casques et quittons notre cachette, avançant au pas, nos armures cliquetant en cadence, jusqu'à ce que nous arrivions à la porte de la ville. D’une voix ferme, l’une de nous demande à récupérer le corps auprès du misérable greffier, qui nous fais signe de passer sans même chercher à voir nos visages. Nous nous empressons d’enrouler le corps dans un sac. La tête a roulé un peu plus loin, nous la ramassons, chacune évitant de regarder le visage si familier et respecté, de peur de perdre le contrôle de soi. Nous nous mettons a deux pour porter le corps, le portant sur l’épaule. Nous traversons ensuite la ville, tel un cortège funèbre…"
Nute gémit doucement, des larmes s’échappent de ses paupières closes. Elle sanglote entre deux soupirs.
"… Nous sommes sur le quai empierré d’un port. Il n’y a personne, et les rares navires sont éloignés. Nous avons installé le corps sans vie sur un bûcher, et nous y mettons le feu. Je m’éloigne, la vue du feu me terrorise. L’odeur de la chair brûlée me monte au nez, et je suis prise d’un haut de cœur. A ce funeste jour s’ajoute le souvenir douloureux de la mort de ma famille, dont j’ai oublié jusqu’à leur visage. Plus les flammes du bûcher prennent de l’ampleur, plus je ressent de vives brûlures dans les mains. Discrètement, j’ôte en partie l’un de mes gants pour examiner ma main. Les cicatrices blafardes tirant ma peau sont pareille à elles mêmes, terriblement disgracieuses, telles les mains desséchées d’un cadavre. Rien n’explique la brûlure intense qui consume mes mains. J’étouffe un gémissement de douleur, que les autres prennent pour un sanglot. Je remet soigneusement mon gant, supportant la brûlure de mon mieux…"
La jeune femme se retourne vivement sur le flan, bousculant son compagnon qui dors auprès d’elle.
"… Je suis revenue sur le quai, seule cette fois. Les pierres sont humides, quelques flaques d’eau stagnent çà et là. Les cendres de celle qui avait été notre guide ont été jetées à la mer. Je m’approche du bord. Je tiens à la main un myosotis que j’ai cueillis en chemin. Je tend le bras et laisse s’échapper la petite fleur. Une profonde tristesse m’envahit. Une pluie fine se met à tomber, se mélangeant à mes larmes. Je reste un moment debout, à pleurer, sans plus pouvoir m’arrêter…"
Nute se réveille en sanglots. Rajin la console sans comprendre la raison d’un tel désespoir. La jeune femme de comprend pas plus que lui. Il lui est arrivé de rêver de la mort de son compagnon, et de s’éveiller en pleurs, mais sa présence à ses cotés l’avais toujours rassurée, lui faisant oublier la tristesse de son rêve. A cet instant, la souffrance et le manque qu’elle ressent est bien réel, bien qu’elle soit incapable de dire de qui elle pleure la mort. Elle ressent cette perte au plus profond de sa chair, presque aussi vivement que la mort des membres de sa famille. Mais déjà les images de son rêve s’estompent, ne lui laissant plus que la peine qui lui glace le cœur.
Au petit jour, Nute examine ses mains, comme elle le fait souvent, mais peut-être plus attentivement qu’à l’accoutumée. Elle s’est levée avant Rajin, cette fois, elle veut être seule pour réfléchir. Elle repense à ce qu’elle a ressenti dans son rêve, à l’égard de ses cicatrices. Mais elle a beau les étudier, elle n’ont rien de l’horrible apparence dont elle se souvient, de même qu’elle ne ressent aucune douleur, ni besoin de les cacher aux regards des autres. Certes, lorsqu’elle avait su, en sortant de l’hospice, que ses mains ne retrouveraient pas une apparence normale, elle avait fondu en larmes, mais depuis, elle s’était habituée à ces marques, qui n’étaient pas si disgracieuses qu’elle l’avait craint, et se montrait en public sans gants, lorsqu’elle ne comptait pas se servir de son arc. Nute ferme les yeux. Le rêve n’est désormais plus qu’un faible souvenir. Une chose, pourtant, lui reste en mémoire : l’odeur de la mer. Pas celle qu’elle sent lorsqu’elle le promène pieds nus sur la plage, non. L’odeur du grand large, celle qui s’accompagne du tangage d’un bateau. C’est cette odeur qui imprègne ses sens à cet instant. Une odeur qui la rassure, la console. Assise sur un petit banc de bois, dans la cour, Nute ferme les yeux, se laissant aller à des sensations fantômes, vestiges d’évènements qui n’ont jamais eu lieu.
Se protégeant les yeux d’une main, Nute scrute le ciel. Le soleil a atteint son apogée, les cloches de la cité d’Aden vont bientôt sonner la mi-journée. La place est pleine de monde. Vendeurs et acheteurs se sont donné rendez-vous pour échanger des denrées, les échoppes sont ouvertes, les terrasses des tavernes bien remplies, et les gardes tentent de faire régner un semblant d’ordre parmi la foule pressée, demandant à droite et à gauche de bien vouloir se désarmer en ville. La jeune femme se faufile entre les gens, repérant un vendeur à la sauvette par-ci, une naine chapardeuse par-là, et les évitant l’un comme l’autre. Elle arrive près de la passeuse, ou plusieurs personnes font déjà la queue. Elle attend patiemment sont tour. Elle a vendu toute les peaux que Rajin et elle ont tannées, et elle peut maintenant profiter de la journée à sont gré. Elle pense tout d’abord regagner la ferme, mais l’odeur du large ne l’a pas quittée. Arrivée devant la passeuse, elle n’a plus à réfléchir, et au lieu d’indiquer le chemin qui la mène chez elle, elle demande le port le plus proche.
Nute s’avance de quelque pas sur les quais. Les pierres sont irrégulières, usées par le temps et les éléments, et paraissent froides, bien qu’elles soient chauffées par le soleil depuis plusieurs heures. Un bateau de pêche viens de jeter l’ancre, et marins et gens du port ont entrepris d’en décharger la cargaison odorante. La jeune femme dépasse le bateau, ignorant les sifflements et invitations des marins avinés à passer un bon moment entre leurs bras. Elle a repéré au loin un sombre navire, autour duquel personne ne semble s’affairer. En effet, elle remarque que plus elle progresse le long des quais, moins l’activité est dense. Arrivée à une cinquantaine de mètres du bateau, elle s’arrête. Il n’y a plus personne dans cette partie du port. Le navire est plus petit qu’il n’en à l’air à première vue, mais il est de très belle facture. Le bois dont il est fait semble solide, et l’assemblage de très bonne qualité. Les voiles sont repliées, et il bat pavillon noir. Nute passe plusieurs longues minutes à détailler d’un œil connaisseur les différentes particularités et la conception du bateau pirate. Pour elle, il ne fait nul doute que l’armateur connaissait son métier lorsqu’il a conçu ce sillonneur des mers. Pourtant elle ne peut s’empêcher d’être déçue. Si l’atmosphère du lieu lui est familière, ce bateau, si il lui rappelle quelque chose de similaire, n’éveille en elle aucune des sensations que ses souvenirs lui ont laissées. Le cœur gros de n’avoir pu replacer le majestueux navire de ses rêves dans la réalité, Nute quitte le port, pour aller marcher le long de la côte.
Les alentours du port ne sont pas construit, et la côte à cet endroit est encore sauvage. La jeune femme ne porte pas son armure légère, ni son arc. De courts vêtements et une paire de longues bottes en cuir lui suffisent, elle ne compte pas chasser aujourd’hui. Elle porte simplement un couteau mi-long soigneusement rangé dans son étui, attaché à la ceinture. Ici, les créatures les plus dangereuses sont un groupe d’Elpy bien décidés à venir à bout d’un petit bosquet d’herbe tendre et verte. Un chemin étroit et pentu mène à une petite plage, en contrebas. Nute descend puis délace et enlève ses bottes. Elle s’avance sur la plage, traînant des pieds, et s’amusant à laisser derrière elle de longs sillons dans le sable. Arrivée près de l’eau, elle laisse les petites vagues lui lécher le bout des doigts de pieds. Elle frissonne. L’été n’est pas loin, mais l’eau est encore froide. Elle marche ainsi quelques minutes sur le sable mouillé, les vagues lui caressant les chevilles au gré du ressac, puis elle remonte sur le sable sec, pour s’asseoir et perdre son regard dans l’horizon. Ses rêves ne sont pas le fruit d’une imagination trop fertile, et ils sont emprunts d’un trop grand réalisme pour ne pas avoir été vécus. Mais à qui appartiennent ils ? Elle à l’impression d’avoir vécu ces évènements, et les sensations éprouvées semblent être les siennes, pourtant elle se souvient du moindre détail de sa vie, et ces rêves n’y ont pas leur place. Entourant ses jambe repliées de ses bras, le menton appuyé sur ses genoux, Nute fronce les sourcils, s’interrogeant sur la signification de ses songes, emprunts de nostalgie, mais aussi d’un danger sourd, menaçant d’empiéter sur la réalité de la jeune femme. |
|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Jeu 31 Aoû - 20:15 | |
| La nuit commence à couvrir le ciel de son long manteau. Nute a siffloté un air paillard pendant la moitié du trajet, mais l’approche de sa destination la rend songeuse, et lui coupe toute allégresse. La petite ferme est maintenant en vue. Traînant des pieds, Nute pénètre dans la coure. Celle-ci est déserte, quelques cageots traînent ça et là. D’un pas toujours aussi peu enthousiaste, la jeune femme entre dans la pièce principale du bâtiment. Une miche de pain entamée traîne sur la table de bois, mais Nute n’a pas d’appétit. Elle préfère de loin se coucher et attendre que passe un nouveau jour. Elle monte à l’étage, tout en se débarrassant de ses vêtements. Une fois dans la chambre, elle s’allonge sur le grand lit et se tourne vers l’oreiller près du sien, désespérément vide. La tristesse lui monte soudainement à la gorge, et Nute craint un instant de se mettre à pleurer. Mais elle serre les dents. Elle ne s’abaissera pas à geindre sur son sort. Lentement, la jeune femme tend la main vers l’oreiller puis le serre contre elle. Ainsi, recroquevillée, plongée dans le souvenir de sensations passées, Nute sombre doucement dans un sommeil profond.
« …Le démon est là, devant moi. Je me trouve sur le ponton d’un petit port fluvial. Je tiens fermement l’épée à la lame émoussée que l’on m’a donnée pour le faire passer de vie à trépas. Sans hésiter je frappe, ne sachant si la créature restera longtemps devant moi sans charger. Elle charge. Le combat s’engage mal. J’ai le dessus un temps, mais je suis épuisée, je n’ai pas dormi depuis deux jours. Mon corps ne suit plus, mes réflexes sont ralentis. La créature plante ses griffes dans ma chair, je recule d’un pas et esquive une seconde attaque. Il est trop tard, je commence à perdre confiance en moi. Je ne suis pas assez préparée, pas assez en forme, pas assez mûre… je ne mérite pas de devenir plus forte, je ne mérite pas la compagnie du félin que je convoite. Je tente de résister aux assauts de la bête, mais rien n’y fait, je me sens perdre pied. J’esquive encore quelques coups, la bête est blessée. Mes mains tremblent. Un nouvel assaut du démon me fait perdre l’équilibre, et je lâche l’épée en tombant en arrière. L’arme se retrouve au bord de la passerelle de bois, en équilibre entre l’eau et la terre ferme. Prise de panique je me retourne à plat ventre pour la rattraper, mais je ne fais que la heurter. En la voyant basculer dans l’eau, j’ai l’impression que mon cœur s’arrête. Je sens des picotements sur mon visage, et mes mains se glacent. C’est fini, je vais mourir. C’est une simple constatation. La terreur a tout juste le temps de m’envahir… si c’est bien de terreur dont il s’agit. Je fais volte face juste à temps pour voir les griffes s’approcher puis me trancher la gorge. La secousse me fait tomber la tête en arrière, sans comprendre ce qu’il m’arrive. D’autres coups me secouent, mais je ne ressens plus rien. C’est fini. »
Nute est prise de convulsions. Elle émet un son étranglé. Ses mains se crispent, agrippant les draps, puis toute tension se relâche. De nouveau, sa respiration est calme.
« …Je sens l’air sur mon visage et je perçois l’odeur de la mer. Je n’ouvre pas les yeux. Je sais où je suis. Je me trouve sur cette plage, celle là même ou mon cauchemar a commencé. Je sais qu’à coté de moi se trouve assise la Créature dont j’ignore le nom, si elle en a un. Je sais que je suis sur l’île où je suis née et où j’ai laissé les corps calcinés des membres de ma famille. Je sais que l’endroit où je me trouve à cet instant ainsi que les conditions dans lesquelles j’y suis me permettent d’accéder à des souvenirs qui me sont d’ordinaire interdits. Pendant une fraction de seconde, je parcours avec délice ces souvenirs. Le visage de mes proches ravive mon chagrin. Une larme s’échappe de mes yeux clos. Il ricane près de moi. Entre frustration et colère, je tourne mon visage sur le coté et ouvre les yeux sur la Bête Immonde. « - Tu te lamenteras ainsi éternellement ? Cette voix me dégoûte. Je ne réponds pas. - Je savais que tu échouerais. J’ouvre la bouche, mais aucun son ne sort. Il continue donc son monologue. - Quelle idée de vouloir évoluer, fait-il d’un ton méprisant. Tu ne le peux pas. Je ne te le permets pas. Je veux demander pourquoi mais j’en suis incapable. - Parce que c’est à moi de décider… Je ne comprends pas. Je ne sais pas ce qu’il veut de moi, ni pourquoi il m’a choisit. Il ricane encore. - Je ne t’ai pas choisie. Tu étais sur mon chemin, et c’est un service que je te rends. Je te donne la possibilité de te venger… ce n’est pas rien… Je ferme les yeux. Je revois le doux visage de ma mère, celui de mon père et de ma sœur, à peine âgée d’un an. Puis je sens l’odeur de leurs corps qui se consument. Ils ont brûlé vif. Personne n’est intervenu… - Non, personne, murmure la Créature. Je dois faire payer toute cette souffrance qui leur a été infligée. Emplie d’une froide colère, je me sens devenir une lame acérée. Puis je prête attention à l’odeur de la mer… j’entends le reflux des vagues, le cri des mouettes… Dans mon esprit se forme l’image d’un majestueux navire dont le nom m’échappe. Il a un rapport avec mon présent, j’en suis persuadée, mais je suis incapable de m’en souvenir. L’image se rapproche. Des personnes sont sur le pont… j’aperçois des visages… Liberté. Je le reconnais, je reconnais l’équipage. C’est eux que j’ai choisi de suivre. La colère me quitte. Mes parents sont morts dans d’atroces souffrances, et le chagrin de cette perte ne me quittera jamais. Mais venger leur mort ne me soulagera pas. C’est pour la liberté que je me bats désormais, pas pour moi. J’ouvre les yeux sur la Créature silencieuse. Elle fixe quelque chose derrière moi, quelque chose que je ne voie pas. Elle est terrorisée. - Cela ne se peut pas… elle a échoué !! Tu ne peux pas venir la prendre ! Je me retourne péniblement, et aperçoit ce qui effraie la Bête. Une panthère se tient assise près de moi, impassible, remuant seulement la queue ou une oreille de temps a autre. Je détourne la tête de l’animal et me tourne à nouveau vers la Créature pour constater qu’elle a disparut. Je me redresse péniblement. Le félin, toujours près de moi, semble m’encourager, ou du moins c’est ce que je me plait à croire. Je sais maintenant que tout n’est pas fini. Je vais revenir à la vie et finir ce que j’ai commencé. Mais j’ai peur… peur d’oublier à nouveau mon passé… peur d’être reprise par la Bête, alors que le répit s’offre à moi… La brise marine caresse mon visage. J’enfouis mes mains nues dans le sable, pour profiter un dernier instant de ces sensations empruntes de souvenirs. Mes doigts heurtent quelque chose de solide. Au toucher, on dirait une petite plaquette de bois. Je la tire du sable et l’observe. En effet, il s’agit de bois, et la plaquette n’est pas plus longue qu’un pouce. Il y a une inscription. Plissant les yeux, je la lis. C’est un ticket d’embarquement. Il est usé par la mer, mais l’on peut encore y lire le nom de la destination, l’île où je me trouve. Je sers très fort la plaquette dans ma main et ferme les yeux, humant l’air de la mer. »
Nute roule sur le flan, murmurant un nom incompréhensible.
« …Lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, je me rends compte que je suis blottie dans un lit de cendres. Je n’ai plus les idées claires, et met un moment à me souvenir de ce que je fais ici. J’aperçois au loin le moulin, sur la petite rivière qui passe près du village. Tout me revient… je dois affronter le démon qui se trouve la bas, c’est la condition sine qua non pour réussir la quête qui m’a été confiée. Je me redresse, mais je ne porte plus d’armure, seulement mes sous-vêtements. Je serre quelque chose dans mes mains nues. Je regarde. C’est un ticket, sur lequel est inscrit le nom d’une petite Ile. Fronçant les sourcils, je me souviens de mon voyage dans l’autre monde comme d’un rêve. Le nom de l’île résonne dans ma tête. Je ne dois pas l’oublier. Je me relève, et avance en titubant, jusqu’au ponton ou j’ai perdu l’épée. Je me penche au-dessus de l’eau, et aperçoit la lame qui brille, sur un lit de galets. Je jette un coup d’œil par-dessus mon épaule. Les traces de sang de la bête sont sèches et presque effacées, mais suffisamment visibles pour que je puisse la traquer jusque dans son antre. Je ne sais combien de jours ont passés depuis ma défaite, mais la blessure infligée à la bête a dû l’affaiblir. Je me sens en pleine forme, prête achever ce monstre. Je plonge dans l’eau froide pour récupérer l’épée, tout en me répétant le nom de l’île qui m’a vue naître, comme une prière. »
Cette nuit, les rêves de Nute n’ont pas eu raison de sa vie. En ouvrant les yeux, la jeune femme se rend compte que dans le cas contraire, personne n’aurait été la pour lui venir en aide. Cette idée la terrifie. Elle se redresse et reste ainsi quelques minutes, assise sur le lit. Se frottant les yeux, elle regarde par la fenêtre. La lumière du petit jour filtre à travers l’épais rideau. Son rêve lui reste à l’esprit. Elle ne reconnaît pas ces moments de sa vie, pourtant ils sont si présents que Nute n’arrive pas à douter de leur réalité. Elle se prend la tête dans les mains. Deviendrait-elle folle ? Elle n’a pas de visions, n’entend pas de voix… Certes, elle ne tient pas l’alcool et les herbes shamaniques d’Elween, pour le peu qu’elle en a goûté, l’ont rendue malade, mais rien de tout cela n’explique ses rêves. Elle se lève et sort de la chambre sans s’approcher de la fenêtre. Elle sait qu’elle n’entendra pas les flèches siffler et percuter la cible, dehors. Elle enfile quelques vêtement au passage, et se retrouve en bas, devant son arc posé dans un coin, ainsi que quelques flèches. Elle en saisit une et l’examine. C’est lui qui a conçu celle-ci. Sa gorge se serre, mais Nute résiste. Elle remonte dans la chambre, la flèche toujours à la main. Là, elle s’assied sur le lit et passe sa main sur le bois rugueux de la petite table de chevet, pensive. Ses yeux se posent sur le petit anneau qu’elle porte au doigt. Ses lèvres tremblent. Elle ferme les yeux très forts puis les rouvre. La vague est passée. Elle retire l’anneau de son doigt et l’enfile sur la flèche, en prenant soin de ne pas en abîmer les plûmes. Puis, d’un geste rapide et précis, la jeune femme plante la flèche dans le bois de la tablette. L’anneau émet un léger tintement en glissant le long de la hampe puis heurtant le métal de la pointe. Prenant une profonde respiration, Nute se relève et quitte la maison. Comme à son habitude, elle ne ferme pas la porte, comme à son habitude, elle sait que ce soir, elle rentrera à nouveau pleine d’appréhensions… |
|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Jeu 31 Aoû - 20:17 | |
| Nute pose la caricature sur la table de nuit, le sourire encore aux lèvres. Ce fichu peintre ne perd rien pour attendre, et elle compte bien lui administrer une bonne correction. Fort heureusement pour lui, il n’était déjà plus là lorsque la jeune femme avait eu entre les mains ce dessin la montrant sous un angle peu flatteur.
De bonne humeur, Nute descend les escaliers avec pour seul vêtement une chemise trop grande pour elle et se rend dans la coure. Il est encore tôt, et elle veut profiter des quelques rayons de soleil qui disparaissent lentement derrière l’horizon. Pieds nus, elle contourne la ferme et se dirige vers le ruisseau. Elle ôte rapidement sa chemise et se glisse avec un plaisir évident dans l’eau froide. Elle reste ainsi un long moment, plongeant, nageant, effrayant les poissons, jusqu’à ce que le soleil de réchauffe plus sa peau. Elle sort de l’eau, frissonnante. Retournant près de l’endroit ou elle s’est dévêtue, elle remarque que sa chemise n’y est plus. Plissant les yeux, elle scrute la berge, puis la plaine qui s’étend plus loin. Personne. Une légère bourrasque lui donne la chair de poule. Haussant les épaules, elle s’élance vers la ferme, contrariée que le vent l’ait privée de l’un de ses vêtements.
En rentrant, la jeune femme se sèche et se pelotonne dans une couverture. Jetant un œil dans son garde manger, elle en retire un peu de pain et du fromage. Elle boulotte tout cela tranquillement, assise dans la grande pièce, les yeux papillonnant, et se fermant peu a peu. S’étirant, elle se lève et range ce qu’il reste de son léger repas, et monte d’un pas las les escaliers. Epuisée par la nage, elle se laisse tomber sur le lit, et s’endort, sentant encore le remous de l’eau, la nuit tombant peu a peu.
Quelque chose me tire du sommeil… est-ce un bruit, ou une simple sensation ? Très lentement, j’entrouvre les yeux. La chambre est plongée dans le noir, je suis incapable de distinguer quoique ce soit. Puis mes yeux s’habituent peu a peu à l’obscurité. Les rideaux sont tirés à moitié, et la lueur blafarde de la lune éclaire faiblement la chambre. Je sens quelque chose d’anormal dans la pièce, mais je suis incapable de définir quoi. Je suis à moitié recouverte par la couverture dans laquelle je me suis emmitouflée en revenant du bain. Je sais que d’ordinaire je n’aime pas être couverte lorsque je dors, mais le fait que mes pieds soient hors de la couverture me terrifie. Je plie vivement les jambes et me recroqueville dans mon lit, me faisant aussi petite que possible. Mais ça ne va pas. Dans cette position, je tourne le dos à la porte de la chambre, je ne peux la surveiller. J’essaie de respirer calmement, et je me retourne. La porte de la chambre est ouverte, je ne la ferme jamais. Je fixe l’obscurité de l’escalier. Un frisson me parcours l’échine. La fenêtre est dans mon dos, et je n’aime pas ça. Mais si je m’allonge sur le dos, mes pieds dépasseront à nouveau de la couverture… Bon sang, pourquoi n’ai-je pas eu le courage de prendre ma couverture habituelle avant de dormir ? Elle n’est pourtant pas loin… là, juste sur la chaise, près de la commode… je n’ai qu’à me lever, faire deux pas, et la saisir… Mais pour me lever… il faut poser le pieds a terre. Qui me dit que ce n’est pas sous le lit ? Si jamais je pose le pied a terre, ce qui est peut être sous le lit me l’attrapera, c’est certain… et je ne pourrais rien faire. La peur me tétanise, je n’ose plus bouger. Le coin près de la porte est sombre… trop sombre même. Je tends le cou pour voir. Oui, c’est bien trop sombre… il y a quelque chose. Je concentre mon attention sur le coin sombre. Mais… non… si, j’en suis certaine, ça a bougé… un mouvement imperceptible, mais ça a bougé. Je suis glacée. La chose dans le coin bouge à nouveau, sans le moindre doute cette fois. Je gémis, mais aucun son ne sort de ma bouche. Ça remue encore, comme un animal prêt à bondir. Cette fois je n’en peux plus, et je tente de pousser un hurlement… mais comme dans tout rêve, rien ne sort. Alors je n’ai plus le choix, il faut que je me réveille, car la chose n’est pas seulement dans mon rêve… elle est là, tout près de moi, prête à me bondir dessus… je dois me réveiller…
Nute ouvre les yeux, en poussant un faible râle. Elle émerge aussi vite qu’elle le peut, et se relève sur son lit. Droite comme un I, elle fixe le coin, près de la porte. Il est sombre, mais elle distingue l’angle du mur… tout va bien. Pourtant, elle est tendue. La terreur ressentie dans son rêve ne la quitte pas pour autant, et elle reste là, sans bouger, recroquevillée, à attendre le petit jour. En entendant les premiers gazouillements d’oiseaux, Nute commence à se détendre, et se rendort quelques heures. La journée est bien entamée lorsqu’elle se réveille enfin. Encore ensommeillée, elle heurte la table de chevet en se levant, faisant choir la caricature. Ce n’est qu’en se baissant pour la ramasser qu’elle aperçoit sous le lit un chiffon roulé en boule. Tendant la main, elle l’attrape et se redresse. Il s’agit de sa chemise… la défroissant, elle se rend compte qu’elle est déchiquetée et humide. Elle la sent, et retrousse le nez. L’odeur est nauséabonde. Comment est elle arrivée ici ? Nute repense à la nuit qu’elle a passé et frémit. Il y avait bien quelque chose dans la chambre…
Sur la place de Giran, la foule se bouscule. Nute se tiens dans un coin, près de l’église, un air grave sur le visage dont elle n’arrive pas à se débarrasser. Elle n’a plus envie de rire. Sans cesse, l’image de sa chemise lui revient en tête. Elle l’a brûlée dans la coure, et est partie rapidement de la ferme, lui trouvant une atmosphère trop calme, trop inquiétante, pour y rester plus longtemps. Nute frissonne, se demandant si elle réussira à rentrer chez elle a nouveau.
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|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Jeu 31 Aoû - 20:19 | |
| Le vent souffle dehors. Le ciel s’est obscurci et la tempête fait rage. Nute est dans la grande pièce de la ferme, recroquevillée dans un coin, les yeux fermés, une épée courte à la main. Les volets de bois claquent violement contre les battants des fenêtres. Nute attend.
Mon dernier rêve a ouvert les portes de ma mémoire. Lorsque j’y repense, je suis effrayée d’avoir pu oublier tout cela. Certes tout ne me reviens pas encore dans l’ordre, beaucoup d’images vagabondent seules, sans attaches, mais je me souviens du principal… qui je suis, et d’où je viens. Mes rêves ne m’ont jamais montré les souvenirs d’une autre. Ils ont toujours été miens. Le navire, l’équipage… l’exécution de l’Amiral… tout cela, je l’ai vécu. Je me souviens que nous avons continué à sévir sur les terres où nous avions accosté, puis une partie de l’équipage à repris la mer. Pourquoi ne suis-je pas partie avec eux ? Cela reste un mystère… Lorsque j’ai voulu partir à mon tour, j’ai appris que le Liberté avait sombré. Ma mémoire s’embrouille à nouveau… Non, je peux me souvenir. J’ai retrouvé le nom de l’Île où je suis née… et j’y suis retournée. Mais je n’étais pas seule. Le félin me suivait. Celui-là même qui m’avait arrachée des griffes de… je ne puis la nommer. Ma mémoire me semble être un labyrinthe capricieux, dans lequel je déambule au hasard. Lorsque je pense avoir trouvé la sortie, je me retrouve face à un mur, et me voila contrainte à rebrousser chemin.
Je garde les yeux fermés. J’entends bien le vent furieux au dehors. Je sens l’imminence de la pluie. Étonnamment, tout à plus d’odeurs depuis que j’ai ouvert les yeux ce matin. Mes sens sont plus aiguisés que le fil des lames des héros. J’attends ici depuis mon réveil. Qui des deux viendra en premier ? Vais-je mourir, ou une fois de plus ma vie sera prolongée, le temps d’une pluie ? Je laisse échapper un rire, très léger. Me voici assise par terre, a ressasser des pensées certes poétiques, mais insipides. Mes questionnements sont pourtant encore nombreux. Comment ai-je pu modifier seule ma mémoire ? L’image de cette femme, me tirant des flammes reste si présente… je sais que je n’ai pas été soignée par les religieuses, c’est la Créature qui a fait cela. Mais est-ce elle qui m’a sortie du feu ? Je suis incapable de le dire. Oh mémoire ! Fais un effort, reviens-moi ! Quoi qu’il se soit passé, celle-ci a été une fois de plus effacée. La Bête l’a fait une première fois pour me manipuler, m’utiliser, et je l’ai vaincue, du moins pour un temps. Mais la seconde ? Après tout que m’est-il arrivé après que je me sois sentie en sécurité chez les religieuses, après avoir fait le deuil de ma famille ? J’ai vécu normalement, j’ai apris l’art de la chasse à l’arc… rien de plus ou de moins que les autres âmes de ces terres. Alors pourquoi cet oubli ? Ne pouvais-je donc pas refaire ma vie, avec mon passé ? Si cela avait été du fait de la Bête, ma vie n’aurait été que souffrances, comme cela fut le cas auparavant. Ai-je alors été épargnée ? Mais dans quel but… Qui je suis… soudainement cette évidence n’en est plus une. En revanche, ce que je fais…
J’ouvre les yeux et scrute l’obscurité. Elle est là. Elle se déplace, sans bruits, mais j’arrive à la percevoir. Je ne sais quelle forme elle a pris, si elle en a une, cette fois. Remarque idiote, si elle veut m’atteindre, il lui faut une forme. Je la cherche frénétiquement des yeux. Je sens mes pupilles se dilater au possible. Elle est là, près du mur, en face de moi. Mon estomac se contracte, j’aurais voulu que ce fût l’autre qui me trouve en premier. Chaque seconde est une éternité, mon cœur bat sourdement. La Bête bouge un peu, je distingue sa masse, dans l’obscurité. Son odeur parviens à mes narines… elle pue, c’est indéniable. Je réprime une grimace et continue de la surveiller. Lentement elle se rapproche. Un rais de lumière se reflète dans ses yeux. Ce sont deux espèces de billes noires. Ces yeux me glacent d’horreur. Je n’arrive pas à définir l’impression qu’ils me donnent… un peu celle d’une chose dont le mode de pensée m’échappe totalement. Jubile-t-elle de m’avoir retrouvée ? Est-ce pour cela que j’ai perdu la mémoire ? Pour qu’elle ne puisse pas me retrouver ? Pour que je reprenne mes forces ? Merde ! A cet instant, je ne me sens pas plus forte qu’un poussin qui vient d’éclore. La pratique de l’arc m’a ôté tout réflexe à l’épée, je ne suis plus bonne à rien. La Créature le sait-elle ? Elle connaît presque tout de moi… presque… Elle s’avance encore. Plus près. La bile remonte dans ma gorge, je déglutis avec peine. Elle bondit. Je pousse un cri de surprise, étouffé par l’orage, qui gronde désormais. Je perds l’épée mais mes réflexes ne m’ont pas tout à fait lâchée, je roule sur le coté, la Bête s’écrase contre le mur. Dommage pour moi, la saleté à des réflexes aussi, elle se remet très - trop ?- rapidement d’aplomb. J’ai à peine le temps de ramper vers le centre de la pièce qu’elle fond à nouveau sur moi. Je ne peux pas l’éviter. Elle est sur mon dos. Je me retourne comme je peux pour lui faire face. Elle doit avoir la corpulence d’un gros chien, un peu plus peut-être. J’essaie de l’écarter de moi, sa gueule frôle presque mon visage. Son corps est visqueux. Quelque part, je suis heureuse de ne pas pouvoir la voir au grand jour. D’une main je tâte le sol pour chercher l’arme, mais je ne tiens pas longtemps, j’ai besoin de mes deux bras pour la repousser. Et mes bras tremblent. Les griffes de la Bête me lacèrent. Pourquoi ces bestioles venues de nos cauchemars ont-elles toujours des griffes ? Je gémis. Bon sang, je vais crever. Le poids sur ma poitrine disparaît brutalement, mes bras se retrouvent soudain sans rien à écarter. Une fraction de seconde hébétée, je roule à nouveau sur le ventre, cherchant la bête des yeux. Elle est par terre, comme moi, plus loin. Mais une autre masse la recouvre. Je me redresse et me met à genoux. C’est l’autre. J’éclate presque de rire. Sa présence n’est pas qu’un simple soulagement, c’est plus que cela. L’autre gronde sourdement. Je jette un œil derrière moi, et je m’aperçois qu’il a dû bondir par la fenêtre. Dehors le tonnerre gronde. Les deux ombres se livrent un combat sans vergogne. Je rampe craintivement près des deux corps emmêlés pour atteindre l’épée. Mais la créature m’a vue ou sentie, car elle se débarrasse soudain de l’autre pour bondir sur moi, me plaquant à nouveau au sol. Le bras tendu en avant, je peux toucher l’épée mais non la saisir. L’autre doit être salement blessé, car je ne perçois plus ses mouvements. Le souffle humide de la Créature sur ma nuque me glace. Je n’arriverais pas à m’en sortir sans l’autre… comment était-ce avant ? Je ferme doucement les yeux et je cherche… l’autre est là… je sent son esprit… il faut juste que je le touche… j’y suis presque… Le contact est établit. J’ouvre à nouveau les yeux, pupilles dilatées, pleine d’énergie. Je vois aussi, ou plutôt je perçois, à travers les yeux de l’autre, qui est gravement blessé. Peu importe, la force est là. L’autre bondit sur la créature et lui mord sauvagement l’échine. Sa peau à un goût infâme, mais nous ne lâchons pas prise. Mon assaillante est surprise. La bête pensait avoir terrassé mon allié… cette fois j’assure ma prise sur l’épée et me retourne, bousculant la Créature. J’en profite pour me redresser un peu, heurtant violemment la table de mon épaule. Saleté de table ! Je serre les dents, ignorant la douleur qui me vrille le bras entier. La Créature se débarrasse à nouveau de l’autre pour se jeter sur moi. Mais s’en est fini. Brandissant l’épée devant moi, la gorge de la Bête vient s’empaler sur le métal. Son élan ne l’arrête pas, et elle me tombe lourdement dessus, me projetant en arrière, ma tête heurtant la table à son tour. Je reste un moment étourdie par le choc. La Bête est sur moi, mais immobile, la lame en travers de la gorge. Je n’ai plus de forces, mais je la repousse tout de même. L’orage est passé lui aussi. Je me redresse péniblement et demeure ainsi un instant, assise et poisseuse de son sang. L’autre est allongée par terre. Je rampe jusqu’à lui. Il respire faiblement, une plaie béante à la poitrine. Doucement, je caresse son poil soyeux et noir, je ressens sa douleur, mais aussi sa fierté, d’avoir réussit. Je reste près de lui, dédaignant le corps sans vie de la Créature, alors que les nuages s’écartent enfin, dehors, laissant place aux derniers rayons de soleil avant le crépuscule. Je reste près de lui jusqu'à la fin. Sans un bruit, il s’éteint. Le contact est rompu, elle s’efface. Je me retourne vers la Créature. Elle a disparut elle aussi. J’ai gagné une nouvelle bataille, je suis prête à en engager une autre, et une autre… jusqu’à la fin.
Titubant, blessée mais moins que je ne l’aurais cru, je sors de la pièce et fais quelques pas dans la coure. Je contourne la ferme pour atteindre la rivière. Je regarde autour de moi, méfiante. On ne sait jamais. Je ferme les yeux, cherchant le contact. Lorsque je les ouvre à nouveau, le félin est là, s’avançant vers moi. Je savoure ce contact avec son esprit, le grattant distraitement l’oreille. Apaisée, je peux me baigner tranquillement, lavant mes plaies, et profitant du plaisir d’être en vie, pour un temps.
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|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Jeu 31 Aoû - 20:21 | |
| Interlude...
Le vieil homme était assis sur le quai, l’esprit ailleurs, heureux de savourer la fraîcheur de la nuit après une journée harassante. Au loin, il devinait la présence de l’île du diable malgré l’obscurité. Seuls les récifs acérés, fléaux de nombreux vaisseaux trop téméraires, surgissaient à la lueur blafarde de la lune. Inlassablement, la mer se brisait sur ces pierres, infatigable et immuable. Le vieil homme se prit à penser aux nombreuses histoires plus ou moins vraisemblables entourant ces lambeaux de terre désolée. Il avait entendu dire que Zaken le non mort, héraut de la mort, étendait son emprise sur ces eaux depuis des lustres, détruisant et corrompant toutes choses vivantes sur ses territoires. Les âmes tourmentées des marins perdus en mer erraient à la surface de ces flots maudits, sans espoir de rédemption ou de repos. Le vieil homme ne savait que penser de cela. Il s’était toujours refusé à croire ces histoires de marins. Pourtant des phénomènes anormaux semblaient se produire aux alentours de ce rocher. Les marins ne voulaient pas partir sans allumer une bougie et dans de nombreuses chaumières, on priait autours du feu en espérant rejeter les mauvais sorts du non mort et apaiser les âmes. Un air malsain planait sur ce lieu. Un frisson parcouru le vieil homme. Pourquoi avait-t-il cette sensation d’oppression ? Il ne fallait pas croire ces histoires. De toutes façon, il restait sur terre, il n’avait rien à craindre….. Il commençait à faire froid…..il se dit qu’il allait rentrer…. la plainte de la houle était si sinistre…
Alors qu’il s’apprêtait à partir, il aperçu une brume opaque se lever aux alentours du rivage de l’île. Elle avançait doucement, serpentant sur la surface sombre des flots, se dirigeant implacablement vers le quai de giran ou se situais le vieil homme. La complainte de la houle, hymne sinistre, semblait accompagner l’avancée régulière de ce flot vaporeux. Incapable du moindre mouvement, le vieil homme sentit un froid glacial s’insinuer doucement dans ses membres. Même sa respiration lui semblait difficile. Au loin, de sombres voix s’élevaient comme pour accueillir les âmes perdues, revenues hanter les vivants. Successivement, les tristes lanternes furent enrobées par ce voile cendreux, donnant à la scène un aspect irréel, immatériel. Au loin, s’entendaient toujours ces cris, sonorités hystériques et indistinctes, entre la joie et les pleurs, incompréhensibles. La folie allait-t-elle le gagner lui aussi, serait-t-il heureux d’enfin rencontrer la mort ou hurlera t’il jusqu'à ce que la mort lui laisse le repos ?....aura t’il le repos d’ailleurs ?.... qu’allait t’il sortir de cette brume ? Ou peut être n’était-ce que son esprit qui lui jouait des tours…..Doucement il essaya de bouger un doigt….son corps ne voulait toujours pas lui répondre…Telle une statue, guetteur involontaire, incapable de détourner le regard, il observait le spectacle auquel il aurait préféré ne pas être convié.
Devant lui, il pouvait toujours distinguer la forme sombre et oppressante de l’île. Les voix s’étaient tues. Même la mer, paraissait silencieuse. La lumière diffuse de la lune éclairait la scène malgré la brume. Un bruit se fit entendre. Quelque chose avançait sur l’eau. Le bruit se confirma. Une silhouette se détachait de l’ombre de l’île. Elle avançait doucement, tache immatérielle survolant les flots. La mer s’ouvrait devant elle, domptée par ce monstre sans pitié. Ses multiples gueules surgirent de la brume, porteuses de mort et de désespoir. De long coups reptiliens portaient ses sombres têtes à l’aspect draconien, hurlant leur soif de carnages et de violence, réclamant la chair et le sang de quiconque leur barrerait le chemin. Ses nombreuses écailles formant une armure impénétrable brillaient d’un noir malsain. Etait ce ses yeux qui l’abusait, mais le vieil aurait jurer voir saigner la mer devant cette bête d’apocalypse. Même la houle semblait lancer des cris de douleurs face à l’avancée de la créature. De gigantesques bras surgirent derrière le monstre. La fin se rapprochait à un rythme insoutenable. Le vieil homme ne pouvait détourner son regard de ce terrible spectacle. Il aurait voulu se remémorer de bons souvenirs afin de mourir l’âme en paix mais même son esprit semblait paralysé. Seul le désespoir, envahissait inexorablement son esprit. Il aurait voulu fermer les yeux mais il ne pouvait pas. Il aurait voulu pleurer mais les larmes ne coulaient que dans son cœur. Il aurait voulu se tenir droit face à la mort tel un héros, ne connaissant pas la peur. Mais il restait là, dans sa position affligeante, incapable de bouger, tel un enfant pris en faute, un enfant trop curieux qui pleurait les conséquences de ses actes. Et il pleurait. Des larmes sourdes. Des larmes de douleur.
Inexorablement, le monstre se rapprochait du quai. Son corps surgissant doucement de la brume et dévoilant sa terrible armature. De longues voiles en lambeaux, marquées par de nombreuses batailles et de multiples tempêtes, pendaient aux vergues des trois gigantesques mats du navire. Nul vent souffle ne gonflait les voiles. Le vaisseau avançait comme poussé par sa volonté propre. Au dessus du grand perroquet, la plus grande voile du navire, flottait un drapeau noir frappé des armes maudites des pirates. Rares étaient les marins ayant encore survécus à cette vision et plus rares encore ceux capables de raconter ce qu’ils avaient vu. Un corps de pendu, le sort réservé aux traîtres, se balançait encore et encore, inlassablement au bout de la grande vergue, attendant un repos qui ne lui serait jamais accordé. Une inscription pouvait encore se lire sur le flanc du bateau malgré les nombreux impact de boulets et les longs voyages en mer. Liberté. Ce cri semblait également sortir des multiples gueules de la figure de proue, monstre marin aux nombreuses têtes, association entre le serpent de mer et l’hydre, noircie par le temps et le sang, et défiant tout personne lui barrant le chemin. La liberté à n’importe quel prix. Le prix des bannis et des parias de ce monde….Et le vieil homme était là, prostré et interdit. La vue du bateau aurait du le rassurer. Il n’en était rien. Mourir assassiner par les pirates ne valait guère mieux…. Le monstre l’aurait tué vite fait….La douleur aurait été fulgurante mais fugitive….Pour les pirates la vie n’était qu’un jeu, la mort aussi,…. Sa vie serait un jeu, sa mort aussi….
Une longue plainte s’éleva du bateau. Un grincement lugubre. Il était venu pour quelque chose et il l’appelait. Répondant à l’appel, des cris surgirent loin à la droite du vieil homme. Lentement, le vaisseau reprit son chemin dans la direction des cris. Le vieil homme aurait voulu avertir les fous qui appelaient le navire. Mais seul un gargouillement sorti de sa gorge. Il fut soulagé. Son cri aurait attiré le navire. Malgré tout, il préférait sauver sa vie. Au diable la pitié et la solidarité. Il n’avait pas crié lui….enfin il n’avait pas pu…. Tant mieux pour lui…. Cela allait peut être lui sauver la vie….Au loin le navire s’était amarré à la berge. Le vieil homme s’attendait à voir débarquer des hordes innombrables de pirates massacrant tout sur leur passage. Peut être même des morts vivants….Au lieu de cela, il vit deux silhouettes monter à bord du navire. Puis le navire repartit, laissant derrière lui, une ville pleine de vie et de bonheur… Seul le vieil homme semblait comprendre la vérité. Comme en réponse à ses pensées, des rires fusèrent du pont du navire, accompagnés par le gémissement du bateau…. Les pirates étaient revenus…. C’était juste un avertissement…. un nouveau jeu…ils l’avaient laissé en vie pour prévenir le peuple…..Alors que le bateau disparaissait au loin, le vieil homme retrouva l’usage de ses membres. Il courut à l’endroit où s’était amarré le bateau. Un drapeau était planté là, flottant au vent…. Un drapeau pirate, bien entendu….Par terre se trouvait un crâne….Sur ce crâne, on pouvait nettement distinguer le mot « liberté ». Le vieil homme lâcha brusquement le crâne et courut aussi vite que le permettait ces pauvres jambes en direction de la ville.
Les pirates reviendraient…. |
|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Jeu 31 Aoû - 20:23 | |
| « … Les flammes sont hautes, maintenant. Mes yeux me brûlent, je peine à distinguer quoi que ce soit. La grange est en feu, mais les cris de mes parents et les pleurs du bébé me maintiennent debout. Je tâtonne le long de la planche qui maintient la porte fermée. Le feu lèche le bois et mes mains. Je serre les dents, me retenant de hurler, j’ai mal… mais ces cris… je refuse d’abandonner. Luttant pour garder les yeux ouverts, j’arrive à l’extrémité de la planche. J’utilise mes dernières forces pour la déloger de l’encoche qui la maintient en place. Elle résiste d’abord puis cède. Le bois craque et la charpente gémis, je dois faire vite. Je tire la porte de toutes mes forces, et parvient à l’ouvrir. Ils sont là bas, le me précipite vers eux. Ils me regardent, hagards. Je prends le bébé dans mes bras. Je leur crie de me suivre. Ils semblent réagir, et me suivent jusque dehors. La grange s’effondre derrière nous. A bout de souffle, je me retourne pour les regarder. Ils me sourient. Les larmes aux yeux, je m’approche pour les serrer dans mes bras, mais… Leurs visages brunissent, semblent se racornir. L’odeur de chair brûlée me prend au nez… Mes parents se consument, je suis paralysée. Je baisse les yeux vers le bébé, mais sa chair est déjà noircie. Il hurle. Je leur crie d’arrêter ça, mais ils ne m’entendent pas, continuant de brûler. Les larmes m’aveuglent, je hurle avec eux… »
Je me redresse brusquement, plaquant la main sur ma bouche. Le souffle court, je regarde autour de moi. Mes yeux s’habituent peu a peu à l’obscurité. Je suis assise sur ma couchette, dans ma cabine, sur le Liberté. Encore un cauchemar. Je ne suis pas sûre d’avoir crié. Je tends l’oreille, mais je n’entends rien hormis le craquement de la coque. Personne ne m’a entendue. Je me glisse hors de ma couchette pour aller au hublot. J’appuie mon front contre le verre froid et regarde la mer. Le reflet de la lune miroite sur l’eau. Je sort doucement de ma cabine et rejoins le pont. L’équipage dors ou erre sur la terre ferme. Pas besoin de masque ni de cire. Sur la pointe des pieds, je m’avance vers la proue, aussi silencieuse qu’un chat. Je laisse glisser la chemise que je porte a mes pieds et entreprend d’escalader la figure de proue, aussi nue qu’un ver. Je reste un instant ainsi, debout sur l’une des têtes de l’hydre qui a effrayé plus d’un marin, offrant mon visage a la brise marine. Puis, d’une rapide pression sur mes jambes, bras tendus au dessus de ma tête, je plonge. Je reste en suspend une fraction de seconde puis sent l’eau glacée m’entourer. Je ramène mes bras le long du corps et continue de descendre dans les profondeurs. L’eau glisse sur moi comme une caresse, si froide. Puis l’air me manque, je me mets à nager vers la surface. J’émerge. Je reprends mon souffle, brassant l’eau sans avancer, et regarde autour de moi. Le port n’est pas bien loin, je pourrais sans doute le regagner avant de mourir de froid. Mais je sais qu’il y a une petite crique plus loin, je décide de nager vers elle. Le remous de l’eau m’apaise. Beaucoup diraient que c’est folie, de nager ainsi dans les eaux du Maudit, mais je n’en ai cure. S’il veut me voir, je dois être vivante. Il ne m’arrivera rien ici avant cette rencontre. Mes pieds frôlent le sable. Je cesse de nager et marche, sortant peu à peu de l’eau froide. Une fois sur le sable mouillé, je me retourne et observe la sombre silhouette du navire qui se détache sur la nuit. Je suis seule et sans défense aucune. Mais la crique, bien que proche du port, est isolée, et la probabilité de ne pas être la seule âme a l’occuper à cet instant est si faible que je ne m’inquiète pas de cela. Je m’assois sur le sable, entourant mes genoux repliés de mes bras. Songeuse, je repense à l’arrivée du navire.
Raynen et moi étions tellement saouls, que nous avions cru à une hallucination. Nous avions hurlé « Liberté » à pleins poumons, et voici qu’il surgissait devant nous. Quelques cris de marins effrayés nous avaient fait comprendre que cette vision était bien réelle, et nous étions montés a bord, chancelants. Le Liberté était vide de toute âme, mais semblait avoir été abandonné la veille. Il ne subsistait plus de traces du naufrage. Comment cela avait-il pu être possible ? Le navire était reparti, nous en avions repris possession.
Un frisson me parcours l’échine. Par réflexe je me retourne, scrutant la falaise derrière moi. Personne. J’observe encore une longue minute la dense végétation de la côte. Je ne sens pas la présence de la Bête, je ne crains donc rien. Les bruissements dans les fourrés sont sans aucun doute ceux d’animaux nocturnes. Je me relève enfin, il fait froid. Par réflexe, je porte la main à mon cou. Une chaînette argentée et son médaillon. Je n’ai pas l’habitude de porter de bijoux, aussi léger soit-il. Je l’ôterais une fois a bord. Je m’avance vers l’eau et pénètre dans l’océan jusqu'à ce que je sois obligée de nager. Retourner au navire me semble bien plus long et pénible qu’a l’aller, mais je surmonte le froid qui m’envahit. Arrivée au navire, je saisis une corde d’amarrage et me hisse le long de la coque. J’arrive sur le pont, haletante. Toujours sur la pointe des pieds, je retourne vers la proue pour récupérer ma chemise que j’enfile prestement. Grelottante, je rejoins ma cabine en silence. Pelotonnée dans une couverture, mes yeux se ferment lentement.
***
Le soleil a presque atteint son zénith. Le petit îlot est désert, comme à son habitude. Je regarde le bijou en argent une dernière fois, et le dépose dans un petit coffre. A l’intérieur se trouve déjà une petite plaquette en bois, avec le nom d’une destination a moitié effacée inscrite dessus. Je referme le coffret et le replace dans la fosse d’où je l’ai extrait. Je me relève et pelte jusqu'à ce que le trou soit refermé. Le sable bien tassé, je quitte ce lieu abrité par une végétation luxuriante pour rejoindre ma chaloupe. Il est temps de retourner à bord. Trois matelots en moins, cela se fait sentir, la charge de travail pour tous est plus importante. Tout en ramant, je plonge dans de sombres pensées. J’ai été clémente. Reylin les aurait tués pour avoir vendu cette femme. Le désarroi de deux d’entre eux m’a touchée, mais je dois être ferme. Abandonner cette femme à son destin n’avait pas été facile non plus, mais de même… une proposition ne se réitère pas, c’est une règle. Faire affaire avec les maîtres d’Aden aurait été lucratif, mais qu’importait l’argent. La liberté n’a pas de prix. Je tiens à la mienne, à celle de mon équipage, et je suis prête à tout pour la préserver. Enfantillage ? Cette pensée me fait sourire. Si s’en est un, alors oui, je resterais enfant ma vie durant… jusqu'à ce qu’Elle me retrouve et finisse par m’avoir… |
|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Ven 1 Déc - 20:34 | |
| Je t’aime…
Ces mots sonnent si creux à mon oreille, désormais… Je l’ai regardé partir, sans même tenter de le retenir. A quoi bon ? Son choix est d’être ailleurs, là où je ne saurais sans doute l’atteindre, même si j’ai promis de le retrouver. Combien de fois encore laisserais-je quelqu’un torturer mon cœur ? Je crois bien que cette fois il n’en reste plus rien. C’est avec les yeux rouges et secs que je quitte Giran. Un vague regard sur la place me fait dire que cette ville n’a plus aucun intérêt. Est-ce dû à sa population, qui transpire l’aisance et l’absence total de souci autre que des futilités sans nom ? J’en viens à me dire que oui. Ils sont là, tels des bovins, à attendre que la vie passe, ne s’occupant que de savoir si leur lit, ce soir, sera aussi désert que leurs mornes existences… ils sont pitoyables. Et moi ? Suis-je comme eux ? La torture infligée par Zaken m’aurait-elle transformée ? Je ne sais pas. Peut-être ai-je toujours été comme cela, incapable de préserver un instant de bonheur… Ce qui a été infligé à mes chairs est peut-être le reflet de mon âme. La Bête n’est pas encore reparue, pourquoi ? C’est lorsque je suis affaiblie qu’elle vient généralement me cueillir… même elle ne veut plus de moi… c’en est presque à pleurer de rire.
Je traîne mes guêtres jusqu’à la passeuse. Je n’ai plus qu’à me réfugier sur mon navire. Là au moins je pourrais remâcher mon amertume. Le temps est gris, il va pleuvoir. Les gens s’activent dans le port, comme toujours. Quelques uns me saluent d’un « cap’taine » auquel je ne prends pas la peine de répondre. Le Quai des Âmes… enfin j’aperçois au loin le Liberté… il est à quai aujourd’hui, il faut faire le plein de vivres et de Rhum. Tant mieux, car je ne me sent pas de ramer comme une forcenée dans la chaloupe jusqu’à lui. Les matelots s’écartent à mon passage, et je monte sur le pont. Bêtement, je fais un tour aux cuisines, puis dans ma cabine. Il faut croire que j’aime souffrir… l’air est vide de sa présence, comme mon cœur. Chaque chose qui me le rappelle me tord les entrailles. Alors je m’effondre sur ma couchette et je pleure. Je colle mon visage contre mon oreiller pour étouffer mes sanglots. Je me suis donnée en spectacle en ville, il est inutile de recommencer devant mon équipage. Puis je quitte la cabine. Le visage sec et inexpressif – du moins je le souhaite –, je retourne sur le pont. Les matelots ont fini de charger, je me mets derrière la barre et hurle mes instructions. Lentement, le Liberté regarde la baie, où nous jetons l’ancre. Je reste là un long moment. Mes pensées errent dans les tréfonds de l’île du Maudit, où j’ai croupis pendant des jours, des semaines ? Je devrais m’estimer heureuse. J’ai tenu tête à Zaken, il n’a pas eu le navire, ni l’équipage… Mes yeux se posent sur le port. Ils échappent pour l’instant à la colère du Maudit, tout comme nous. Je ne peux réprimer une moue de dégoût. Ils ne méritent pas cette chance. Eux qui ne connaissent rien d’autre que la domination… dominer par le mal, dominer par le bien… un seul et unique résultat à cela : une unité obtenue au prix de la liberté. Quelle ironie. C’est moi, l’être égoïste qui vole sans la moindre pensée pour son prochain… mais qui dicte les lois ? Qui impose une morale qui vole passé le seuil de la chambre à coucher ? Qui prive les voleurs de pommes de leurs libertés ? Qui excuse les meurtriers en raison d’un lien de parenté ou d’une ancienne amitié ? Certainement pas un pirate… Une sourde colère monte en moi. Ces chiens sont tous plus pitoyables les uns que les autres. J’abaisse le regard vers ma main. Je tiens fermement la barre. Mes doigts la serrent tellement fort que les jointures en sont blanches. Je la lâche. Je respire lentement. Je me maîtrise. D’un pas sec, je retourne sur le pont. Je demande à ce que Raekh me rejoigne dans l’office, j’ai à lui parler. Mon petit monde ne s’effondre pas seul : Raynen est introuvable. J’ai besoin d’un second. Je pense que Raekh est prêt. Dehors, la pluie tombe. Assise dans l’office, j’entends des bruits de pas sur la passerelle. Raekh vient. Là encore, je respire profondément, faisant taire ma colère… Il est temps pour nous d’agir.
Je suis allongée sur ma couchette. Je fixe comme à mon habitude le plafond de la cabine. La discussion avec Raekh a été intéressante. Je souris à l’obscurité. La colère monte, mais je n’ai plus envie de la juguler. Lentement, je ferme les yeux. Je me perds dans les méandres de mon esprit. Un doux ronronnement se fait entendre. Le félin est là. Il avance vers ma couchette, son pelage luisant avec le reflet de la lune filtrant par le hublot. Cette fois je ne me lève pas pour l’accueillir. Je continue de me perdre, bercée par ma colère, ma rage, mon désespoir. Enivrée, je lie mon être à celui de l’animal. Le félin se faufile hors de la cabine, se laissant pénétrer par mon esprit, laissant mon corps extasié sur la couchette, et gagne le pont. L’animal se jette par-dessus bord. Je constate avec étonnement que le félin nage avec une aisance déconcertante, prenant garde à garder la tête hors de l’eau. Sur le rivage, il passe un temps non négligeable à lisser son pelage de sa langue râpeuse. Un tel soin m’intrigue un instant, mais je veux plus… beaucoup plus… Pressé par l’ardeur de mon esprit, l’animal quitte la plage et s’enfonce dans la végétation. Une odeur nous intrigue, le félin et moi. C’est vivant. A la fois lumineux et ancien. Quelle étrange sensation. Nous distinguons une forme, dans l’obscurité. Beauté, grâce, communion… et insupportable suffisance. La créature que nous avons sentie est une elfe. Elle a choisi le crépuscule pour cueillir ses herbes médicinales. Nous nous rapprochons à pas feutrés. L’elfe sous a sentis elle aussi, mais sa suffisance lui fait penser qu’une créature de la nature ne peut s’en prendre à elle. Elle tends l’oreille puis reprend sa cueillette avec le sourire. Je trépigne. L’animal le sent. Tous ses muscles sont bandés. La gorge de l’elfe est nue, je peux sentir son pouls. Sa peau est si blanche, et parait si douce dans la nuit tombante… Nous bondissons. L’animal rugit en saisissant la gorge de l’elfe. La pâle hurle. Nous la renversons au sol. L’animal réaffirme sa prise à chaque soubresaut de l’elfe. Ses yeux sont écarquillés par l’horreur. Elle émet une sorte de gargouillis. Je sens le goût métallique de son sang sur ma langue. Le félin accentue encore la pression de ses mâchoires sur cette gorge désormais rouge et béante. Une vive brûlure au flan de l’animal nous fait sursauter. C’est une flèche. L’elfe n’était visiblement pas seule. Nous prenons la fuite. Une autre flèche. Celle-ci sera mortelle. Notre agresseur ne nous poursuit pas, il préfère tenter l’impossible pour sauver sa compagne qui, agonisante, ne tardera sans doute pas à rendre l’âme. Puis les pattes du félin ne répondent plus, il s’affale sur le flan, le souffle court. Je souffre un moment avec lui, puis doucement, l’animal s’éteint, nos esprits se séparant, le sien retournant dans l’obscurité d’où je l’ai tiré. L’incarnation du félin s’efface, ne laissant que deux flèches propres dans les herbes couchées par le poids de la panthère qui s’y trouvait un instant plus tôt.
Pour moi, le retour est brutal, violent. Je me redresse vivement sur ma couchette, les yeux écarquillés, comme ceux de l’elfe auparavant. L’air hagard, je regarde autour de moi. J’ai encore en bouche le goût de son sang. Ce goût ne me plaît pas… le geste, en revanche… Un mouvement avait suffit à effacer toute les certitudes de cet être lumineux. Fierté, suffisance, croyance… tout c’était effacé, laissant place à la terreur. Un frisson d’excitation me parcours. Dois-je avoir peur de ce que j’ai ressenti ? Recommencerais-je ? Je n’ai pas de réponse. J’ignore ce que signifie cette expérience. Un court instant, ma colère s’est vue soulagée. Combien d’êtres dois-je égorger afin de trouver la paix ? Cela me semble démesuré. Je ferme les yeux, je respire lentement, je maîtrise ma colère. Mon cœur doit être aussi froid qu’une pluie d’hivers.
Je t’aime…
Des mots emportés par le vent… L’hiver s’abat sur mon cœur et dans mon âme. Seule la colère reste. La liberté et la colère. De mon navire, je les laisserais toute deux déferler sur le continent. _________________
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|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Ven 1 Déc - 20:35 | |
| L’île des murmures… ou île parlante, ou encore l’île des piaffements. C’est avec ces derniers mots que je préfère désigner ce bastion humain de la première heure aujourd’hui, jour de marché. Les bonnes femmes hurlent à chaque coin de rue pour attirer la clientèle, concourant avec les bonshommes et leurs voix de barytons qui cherchent à vendre leurs poissons malodorants. Je me faufile entre les attroupements de commères ça et là, profitant au passage des derniers potins des bourgs avoisinant le village principal de l’île. Cela me rappelle ma sortie du Centre d’entraînement de Cédric, lorsque ma vie était, ou du moins je le pensais, quelque chose de simple et naturel. Le Liberté, l’Amiral Linerty, la Bête… ces souvenirs n’existaient pas pour moi, ils étaient enfouis, j’étais en sécurité. Cela fait quelques jours que je sens sa présence. C’est une sensation très ténue, fugace, mais elle est là. La Bête reprend ses forces, peu à peu. Le danger n’est pas immédiat, en revanche, le réveil de Zaken, Amiral Maudit de l’île du Malin, est plus que préoccupant. Le Liberté a essuyé une attaque de sa flotte en mon absence, et en est sorti avec peu de dégâts, grâce à Raynen, mon second. Mais le navire est désormais coincé dans la baie de Giran, entre le port et sa garde d’un coté, l’île du Maudit de l’autre. Raynen a un plan, que je me refuse à admettre. Il le faudra bien pourtant, si je veux conduire mon navire en eaux sûres. Pour l’heure, je dois régler une chose. J’ai pris la navette reliant le continent à l’île des Murmures dans le but de retourner à l’académie de Cédric. C’est là que se trouve mon état civil. Ce qui me lie à mon passé, ma première confrontation avec la Bête. Je ne suis pas sûre de ce que va m’apporter la destruction de ces informations, mais je sens que je dois le faire. Je ne veux pas être retrouvée par de bons samaritains, par une éventuelle famille éloignée… je ne veux pas que l’on m’aide.
Je quitte la place du marché, et disparaît par l’une des portes du village, entre charrettes de marchandises et badauds. Le centre d’entraînement est un peu plus loin, une petite demi-heure de marche. Je laisse mes pensées vagabonder, me confrontant à de vieux fantômes. Que dirait Reylin de tout ça ? M’aiderait-elle ? Et Electra, la seule reine que j’ai un jour accepté de servir ? Elle qui m’a prise sous son aile, durant une année… Elle et Reylin Linerty me manquent cruellement, à cet instant. Voilà. Le Centre d’entraînement est à quelques pas. Je pensais me terrer ici jusqu’à ce que la nuit tombe, mais je préfère m’y faufiler en plein jour. Un vol de nuit, c’est tellement courant et prévisible… je n’emprunte pas le pont qui mène au centre, mais préfère traverser le petit bras de rivière. Je connais ce lieu, il y a un passage plus loin, moins profond, et en tenant mes vêtements à bout de bras, je peux traverser sans les mouiller. Une fois dans l’enceinte, je me rhabille prestement et m’approche du centre, aux aguets. Il fait jour, le terrain est relativement exposé, mais si je suis visible, les gardes le seront eux aussi. Je ne prétends pas être elfe, mais mes sens sont suffisamment aiguisés pour me permettre d’approcher à pas feutrés, sans me faire repérer. L’animation due au marché et au passage de marchands ambulants devant le centre est un atout pour moi. Je contourne la bâtisse. Il existe un passage qui permet aux étudiants de quitter l’établissement en douce, je l’ai maintes fois emprunté. C’est avec un léger sourire aux lèvres que je le retrouve, et pénètre à l’intérieur. Rien n’a changé. Les couloirs sont les mêmes, austères et froids. Les étudiants sont dans la salle principale, ils doivent manger. Me jouant des surveillants, j’accède aux étages administratifs sans me faire repérer. Qui peut penser qu’un ancien élève viendrait dérober son propre dossier ? Je m’approche à pas de loup du bureau où sont tous les dossiers. Personne à l’intérieur, mais la porte est fermée à clef. Cela ne me freine pas, je sais crocheter une serrure. Tout va ensuite très vite. Après une rapide inspection du bureau, j’avise une armoire vitrée où se trouvent un nombre impressionnant de dossiers en cuir. J’ouvre cette armoire, regardant les dossiers en prenant garde de ne pas faire tournoyer la poussière autour de moi. Je remonte les années. Voilà mon dossier, enfin. Le cuir de la pochette est vieilli, et les parchemins à l’intérieur sont jaunis. Nataya Klethendre. Me voici donc. Sans perdre plus de temps, je range le dossier dans mon veston, referme l’armoire et quitte le bureau. Verrouiller la porte me prend un peu plus de temps, mais je file sans être aperçue. Ainsi, je quitte le Centre d’entraînement, mon passé dans une pochette de cuir, bien caché dans mon veston, contre ma poitrine.
Mon petit îlot, toujours aussi désert. J’ai déterré le coffre, il est là, devant moi, ouvert. La petite plaquette de bois est à l’intérieur, ainsi que la chaînette en argent et son pendentif qu’un paladin m’avait offerts à la suite d’une longue promenade incongrue. J’ai mon dossier sur les genoux, je l’ai parcouru pendant de longues heures. Je dois brûler les parchemins qu’il contient, mais je ne parviens pas à m’y résoudre. Je met le dossier dans le coffre et le referme. Je n’ai pas la force aujourd’hui. Je replace le coffre dans sa fosse, me redresse, saisit une pelle usée et entreprend de reboucher la fosse. J’effacerais mon passé une autre fois. Tellement de choses se bousculent dans mon esprit. Zaken… je dois penser à sauver le Liberté avant toute autre chose. Je vais retrouver Raynen, et discuter avec lui de ce que nous allons faire. Mon passé est là, dans ce coffre, soustrait aux regards des autres. C’est, finalement, presque comme si je l’avais détruit…
Dans la chaloupe, ramant machinalement, je regagne lentement l’île aux murmures. Une fois là-bas, je prendrais une navette pour Gludin et rejoindrais le port de Giran par la cote. Peu importe mon passé, peu importe qui je laisse derrière moi, je dois mener le Liberté vers d’autres terres. Raynen pense avoir trouvé un moyen de lui faire quitter la baie de Giran. Je lui fais confiance. _________________
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|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Ven 1 Déc - 20:37 | |
| Vers les îles...(Interlude)
Nute se tenait derrière la barre, observant le Vaniteux, un pli soucieux sur le front. D’un ton sec, elle hurla des ordres pour hâter leur allure. Ce matin, elle avait fait ses adieux à Raynen, son frère d’armes. Ils n’avaient pas échangé un mot, simplement un regard. La bile lui montait à la gorge. Elle savait que plus jamais elle ne reverrait une partie de son équipage, ni Raynen, mais elle ne le réalisait pleinement que maintenant. Le navire que dirigeait son Second, désormais Capitaine, allait se jeter dans la gueule du loup, pour que le Liberté puisse échapper aux griffes de Zaken. Nute avait donné son accord à Raynen et ses hommes. Elle avait donc décidé de la mort de son frère. Fermant les yeux de toutes ses forces, elle refoula ses larmes. En les rouvrant, ses yeux étaient secs. Comme Raynen, elle vit les trois navires de Zaken quitter l’île du Maudit. Levant une main, elle cria d’abaisser une voile, et de ralentir l’allure. Les matelots s’activèrent. Puis tous fixèrent l’horizon avec anxiété. Les trois navires ennemis avançaient vers eux. Peu à peu, le Vaniteux les rattrapa. Les deux navires se croisèrent. L’équipage du Liberté salua celui de l’autre navire, avec l’étrange impression de rendre hommage à la mort de marins qui ne l’étaient pas encore. Nute, les sourcils légèrement froncés, les mâchoires serrées, croisa pour la dernière fois le regard de son frère. Le Vaniteux les dépassa. Tous retinrent leur souffle lorsque la première salve de boulets fut tirée. Il était possible de sentir la poudre jusque sur le Liberté. Le Vaniteux aborda un premier navire. Les combats faisaient rage, et un navire ennemi sombra. Il était temps. Nute lança les ordres, et le Liberté reprit de l’allure. Il dépassa le Vaniteux. La jeune femme resta droite, derrière la barre, sans un regard sur les combats. Quelque chose avait attiré son attention. Un quatrième navire. Le visage de Nute fut parcouru de picotements. Les canons du Liberté étaient sur le Vaniteux. Ils n’avaient d’autre choix que d’accélérer encore leur allure. Le navire ennemi était derrière eux. Il leur fallait mettre plus de distance entre eux pour être hors de danger. Une puissante détonation se fit entendre, suivit presque aussitôt d’une violente secousse qui déséquilibra Nute et fit choir plusieurs matelots. Demandant à Bern de maintenir le cap, elle quitta la barre pour voir les dégâts. Le quatrième navire avait tiré, et la coque du Liberté était touchée. Ce n’était fort heureusement pas suffisant pour l’envoyer par le fond, mais ils ne tiendraient pas à la prochaine salve. Nute prit le risque de se hisser sur la poupe pour observer le navire. Un de ses mâts venait de chuter, et il était talonné par le Vaniteux. Le Liberté s’éloignait désormais rapidement. Bientôt, les autres navires ne furent pas plus gros que le point. Nute n’eut pas besoin du cri venant de la vigie pour voir que le Vaniteux s’était embrasé, emportant avec lui les autres navires. Elle laissa échapper un gémissement et tomba à genoux. Elle resta un instant hébété, fixant l’incendie se reflétant dans la mer, telle la lueur d’un phare.
Lentement, Nute se leva, les épaules voûtées. Elle retourna à la barre, que Bern lui céda sans un mot. Tous, sur le navire, étaient silencieux. L’un des marins pris l’initiative de baisser le pavillon noir. D’autres allumèrent des torches supplémentaires pour les morts du Vaniteux. Nute agrippait la barre, fixant la nuit, l’inconnu, le visage plein de larmes.
La brume se leva, enveloppant le Liberté, fantôme des mers disparaissant comme il était apparu. _________________
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|  | | Nute Ogre
   Age : 27 Inscrit le : 26 Mar 2006 Messages : 51 Localisation : Paris Feuille de personnage Perso: Nute
| Sujet: Re: Nute Ven 1 Déc - 20:47 | |
| Nous avons réussi à nous enfuir, mais à quel prix ? J’ai perdu mon frère et la moitié de mes matelots. Je perds aussi la foi en tout ce que j’ai construit. Pourquoi ai-je voulu reformer l’équipage ? Ne pouvais-je donc pas continuer ma vie seule, sans l’illusion de mener un combat ? La rage monte. J’ai envie de hurler. J’ai mené ceux qui m’étaient les plus chers à la mort. Ce n’est pas le Liberté que j’ai voulu sauver, mais ma misérable vie. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Car que vaut cette vie ? Tout ce temps que je passe à fuir une… chose… que je ne comprends pas ? Rien… rien qui vaille la peine d’être sauvé. J’ai eu peur, voilà tout. Ce que je prenais pour de la fierté n’est en réalité que la peur de mourir, de finir par être vaincue par ce qui me poursuit. J’ai passé mon temps à cela, je n’ai plus de force. Je me relève et me traîne jusqu'à la barre. Je ne dis rien, ce qu’il me reste d’équipage est silencieux aussi. Nous faisons cap sur un groupe d’îles avec lesquelles nous commerçons. Là-bas, des contacts nous permettront de rééquiper le navire en canons et en vivres. Nous tournerons dans l’archipel un temps, puis tenterons notre chance plus loin… à moins que je ne quitte le navire. J’observe Bern du coin de l’œil. Il sait mener un équipage, et connaît tout de la piraterie. Je secoue la tête. Je dois chasser ces idées de mon esprit, tant que nous ne serons pas sur la terre ferme.
Le port de Vieux Marais est, comme son nom l’indique, boueux. La baie est infestée de moustiques, et la moitié de la population souffre du palus. Mais cet endroit est idéal pour notre petit commerce. L’équipage est épuisé tant physiquement que moralement. La plupart des matelots sont partis se saouler dans les tavernes, les autres écument les bordels. Bern surveille le chargement des calles, quant à moi… je traîne sur les quais. Je me sens mal. Je m’isole, évitant d’avoir à parler à mes hommes. Les pontons de bois craquent sous mes bottes. La nuit est tombée, et la brume cache une partie du cloaque écoeurant du marais proche, les quelques lanternes sur les pontons n’éclairant guère. Je me sais seule. Je n’arrive plus à pleurer, je me contente de geindre. Dès que le visage de Raynen me vient à l’esprit, mon ventre se tord de douleur. Il est mort, jamais plus il ne m’embrassera sur le front, jamais plus il ne me réconfortera.
Me laisse pas…
Je remarque à peine que j’ai prononcé ces mots à voix haute.
Reviens, s’il te plais… me fais pas ça…
Je tombe à genoux. Je me recroqueville, secouée de sanglots. Mes yeux sont secs, mais je suis là, hoquetant, n’arrivant pas à hurler ma douleur. Puis cela vient. Enfin, je pleure. Ma voix se déchire entre mes sanglots. Repliée sur moi-même, me tenant le ventre, je crache des sons inarticulés, comme un nouveau né. Je voudrais que cela me soulage. Mais rien n’y fait. J’ai toujours aussi mal, mon âme se déchire. Je reste ainsi un long, très long moment.
J’ai froid. Je relève la tête. Mon souffle chaud produit un filet de fumée. La température a beaucoup baissé. Un peu trop, d’ailleurs. Je regarde autour de moi, tendue. J’ai la chair de poule, mais ce n’est pas la température qui en est la cause. Nous y voilà… Elle m’a retrouvée. J’entends un cliquètement derrière moi, sur le bois du ponton. Je me fige. Toujours à genoux, je me tourne lentement, très lentement. Elle est là, au bout du ponton. Je pense avoir déjà vu cette forme. Il fait nuit, je la distingue mal. Elle à la taille d’un homme adulte, sans doute même un peu plus. Elle porte un vêtement, ou du moins elle se couvre d’un tissu quelconque. Cela m’effraie. Ce n’est pas un animal sanguinaire. Elle ne m’apportera pas la mort, le repos. Ces vêtements témoignent d’une intelligence que j’ai tenté d’occulter au fil du temps. Elle n’est pas là pour me tuer… il lui faut autre chose. Elle se rapproche de moi. Ses longues mains semblent pourvues de griffes acérées, comme ses… pattes arrières ? Je bouge lentement, avec précaution. Toute notion d’abandon, de fatalité, vient de me quitter. Je me tiens accroupie, sur la pointe des pieds. Elle se rapproche toujours. Elle entre dans la lumière d’une lanterne. Elle a pris sa l’apparence qu’elle avait lors de notre première rencontre. Mais sa peau semble plus rugueuse, sa chair plus flétrie, comme celle d’un corps ayant trop longtemps séjourné dans l’eau. Elle affiche un rictus, esquisse de sourire. Je pense à Zaken. Ce que j’ai subit ne sera rien en comparaison de ce que promettent les yeux de la Bête. Un pas de plus. Je ne ferme pas les yeux. Je ne cherche pas le contact de la panthère. Je sens sa présence. Quelque chose dans mon ventre me réchauffe. Peu à peu, cela envahit mes membres, dans mon visage se diffuse une douce chaleur. Je sens un picotement dans mes rétines. Brusquement, j’entends une multitude de sons. Des bruissements, des voix. Des effluves inhabituels me viennent. J’aperçois les détails de la physionomie de la Bête, et de ce qui l’entoure. Je la fixe, mais j’ai parfaitement conscience de ce qu’il y a à coté de moi. Mes muscles sont bandés. Nouveau pas. Brusquement je m’élance sur le coté. J’atterris lestement sur le ponton de gauche. La Créature fait de même, sans me lâcher un instant des yeux. Son silence me pèse. Il y a un instant de flottement. Nous nous jaugeons. Je porte lentement la main à la ceinture. Je n’ai pas de dague, mais une griffe de métal, que je serre dans mon poing. Je ne cherche plus à contrôler quoi que ce soit. Nous restons encore ainsi quelques secondes, puis nous bondissons. Je me jette sur elle avec violence, et elle de la même manière contre moi. J’esquive un coup de griffes et la blesse de la mienne. Elle ne titube pas, sa blessure est superficielle. Elle attaque à nouveau, je me prépare à la recevoir. Je perd l’équilibre et me retrouve au sol. Je hurle de rage, je me débats. Puis j’entends d’autres cris.
Cap’taine ? Merde ! Par ici, vite !
Je ne quitte pas des yeux la Créature, mais je sens Bern arriver, accompagné de plusieurs hommes.
Bon sang, visez juste ! Blessez pas le cap’taine !
J’entends les flèches siffler. Je sais que c’est peine perdue, ils ne peuvent rien faire. La Créature semble me sourire. Nous avons été interrompues, mais nous avons quelque chose à terminer. Je la regarde, et je cesse de me débattre. Elle se penche sur moi. Son souffle puant me retourne l’estomac. Ses griffes glissent sur mon ventre. Ses lèvres humides effleurent ma gorge. Les yeux ouverts, je fixe le vide. Cela va très vite. Je sens simultanément ses dents mordre ma gorge, l’arrachant violemment, et ses griffe pénétrer mon ventre, tordant mes entrailles. C’est fini.
L’odeur de la mer est là, comme à chaque fois. Je suis debout, sur la plage, la Créature est plus loin. Je reprends mes esprits rapidement. Je suis à nouveau dans ce lieu qui n’existe pas, plus, ou différemment. Ici nous ne seront pas interrompues. Je n’ai plus à me soucier de savoir si le félin me retrouvera ou non, il fait désormais partie de moi.
Que veux tu…
Je ne compte plus le nombre de fois ou ces mots ont franchis mes lèvres.
Toi…
Sa voix résonne dans ma tête.
Tu ne m’effraie plus… tu peine à m’atteindre, désormais.
Elle ne répond pas. J’ignore si elle hésite ou non, mais je sais qu’elle n’est plus aussi sûre d’elle. Je renchéris :
Tu ne provoques plus ma colère. Peu importe ce qui te nourrit en moi, tu ne le trouveras plus, désormais.
Elle esquisse un large sourire.
Qu’en pense Raynen ?
Je me fige. Raynen est là, à coté de la Créature. Son visage est noirci par endroits, sa peau est contusionnée.
Nute… petite sœur…
Les larmes me montent aux yeux au son de sa voix.
Nute, j’ai mal… j’ai pris un coup… je sais que tu m’as laissé, t’avais pas le choix…
Il grimace de douleur.
Me laisse pas crever p’tite sœur !
Je regarde la Créature, implorante :
Laisse-le ! À quoi ça te sert hein ! À quoi ?!
Son sourire s’élargit. Je regarde Raynen, debout, souffrant, vivant ce qu’avaient dû être ses derniers instants, inlassablement. Je fronce les sourcils. Une impression me vient, fugace, mais suffisante pour me faire douter. Comment a-elle fait venir Raynen ? Ai-je une preuve de sa mort ? Cette image de lui, qui se trouve devant moi, est celle que j’ai imaginée. Ces mots sont ceux que je voudrais qu’il me dise, pas les siens. Raynen n’est pas ici, avec nous. Je détourne les yeux de ce simulacre de frère pour les porter sur la bête. Je m’avance vers Raynen, et plante ma griffe dans son ventre. D’un geste, je l’ouvre et laisse ses entrailles se déverser au sol. Il s’effondre sans un mot.
Trouve autre chose.
Mon ton est cinglant. La Créature parait déstabilisée. Je regarde au sol, Raynen n’est plus là, il n’y a aucune trace de sang. Je reporte froidement mon attention sur elle.
Je ne suis plus une enfant. Mon esprit, je le contrôle.
Elle grimace, elle est en colère, je le sens. Ce lieu… il fait partie de moi. Intuitivement, je sais qu’elle a puisé en moi pour créer ce paysage. Je suis ce lieu…
Tu aimes le jeu ? Grand bien t’en fasse. Maintenant, c’est moi qui donne les règles.
La Créature émet un sifflement. Elle tente de faire un pas en avant, mais je le refuse. Chaque pas en avant qu’elle tente de faire l’éloigne de moi. Je souris.
Qui es-tu ?
Elle hurle. Elle ne me le dira pas, je le sais. Autre chose me traverse l’esprit. Pendant que la Créature cherche en vain à m’atteindre, je plonge dans mes souvenirs. J’ai une chose à accomplir. Je dois atteindre un autre lieu de ma mémoire. Je dois me sauver.
La fumée me pique les yeux. Je bat des paupières et parviens à distinguer quelque chose. La ferme est en feu. Les flammes lèchent la barrière adjacente, qui s’effondre à moitié. J’entends les cris de terreur de mes parents, à l’intérieur. Je plisse les yeux. A travers l’air plein de fumée, une fille s’acharne sur la porte de la grange. Elle n’est pas bien grande, plutôt fluette, même. Ni femme ni enfant, elle n’a guère plus de quinze ans, peut être beaucoup moins. Je veux m’approcher, mais j’aperçois la Créature. Elle aussi, regarde la fille. Elle s’avance vers elle. Oh non, je ne la laisserais pas faire ça. Ce que je vais faire là, c’est permettre mon répit, celui qui m’a permit de grandir, de retrouver le Liberté et Raynen. Les larmes aux yeux, je m’approche furtivement de la Créature, trop absorbée par les promesses de torture qu’offre la vue de la jeune fille pour sentir ma présence à temps. Elle se retourne vers moi, les yeux écarquillés. Surprise, colère… peu m’importe à cet instant ce qu’elle peut ressentir, je ne suis pas curieuse. Je la saisis au col et la projette sur la barrière en feu. La Créature se redresse et tente de riposter, mais la rage décuple mes forces, elle ne m’arrête pas. Je la frappe des deux points, la griffe toujours dans ma main droite. Elle me repousse une fois, je perds ma griffe. J’arrache l’un des piquets de la barrière qui se consume et frappe violemment la créature avec. Encore et encore, je la frappe. Elle tends aveuglement ses mains vers moi, mais je continue de frapper. Puis, à bout de souffle, je m’interromps. Je regarde un instant ce qui a brisé ma vie d’un air de dégoût. La Créature est sonnée, elle est en sang. Agenouillée sur le sol, elle halète, tendant faiblement une main vers moi, comme pour se protéger de mes coups. Elle souffre. Cette main est une supplique pour me faire cesser. Elle ouvre un œil tuméfié pour me regarder. Elle ne comprend pas ce que je suis. Peu importe, je sais ce qu’elle est, et ce qu’elle va me faire. D’un geste brusque, je plante le piquet dans sa poitrine, la figeant au sol. Hoquetant, elle porte les mains sur la hampe de bois, sans savoir comment se libérer. J’arrache une nouvelle planche de la barrière, en flamme, celle-ci, et la dirige vers la Créature. Ses vêtements prennent feu. Elle hurle. Je lâche la planche sur elle et me retourne vers la grange. La fille tente toujours d’ouvrir la porte de la grange. Je vais l’aider, nous allons sauver mes parents. Un craquement me fait lever les yeux au ciel. La charpente de la grange est en train de céder. Ni elle ni moi n’aurons le temps de faire quoique ce soit. Mon cœur se brise. Je me précipite sur elle. Je l’agrippe par la taille et la tire en arrière. Elle ne se laisse pas faire, mais elle n’a pas ma force. Je la porte plus loin, près du puisard. Près de moi, l’ombre de la panthère est là, nous protégeant. La grange s’effondre, je me retourne à peine. J’arrache un pan de ma chemise que j’imbibe d’eau. J’enroule ses mains avec le linge humide et prend un instant pour la regarder. Son visage est noirci, les larmes ont laissé de larges traînés sur ses joues. Ses yeux sont clairs, changeant, comme l’eau d’un ruisseau dont le fond est parsemé de mousse. Sa peau est lisse, ses traits sont encore ceux d’une enfant. Je sanglote. J’avais oublié à quoi je ressemblais, enfant. C’est moi, que je tiens dans mes bras. Je serre ce Moi tendrement dans mes bras, en murmurant.
Tout va bien… c’est fini, repose toi. Tout ira bien, maintenant…
Je me relève péniblement. Nute… Nataya… elle dodeline de la tête, luttant contre l’évanouissement. Je la serre contre moi et l’emmène loin de cet enfer.
J’ai confié Nataya aux prêtresses de l’hospice, comme dans mon souvenir. Je sais que mes blessures cicatriseront, et que je grandirais à l’abri du danger. Je sais que cette sécurité est factice, qu’elle n’effacera pas les douleurs que je subirais en grandissant, mais je m’accorde le répit. Sans réellement comprendre comment, je permets ainsi au Liberté de revenir à moi, ainsi que Raynen. Je permets à mon équipage de se former, de m’accompagner en mer. En accomplissant cela, je me permets de mener ce dernier combat, alors que mon corps est ailleurs, dans les eaux troubles du marais, et que Bern annonce ma mort au reste de l’équipage.
Je regarde de loin l’hospice où j’ai laissé Nataya, surnommée Nute. Les larmes coulent sur mes joues. Tout ce chemin… c’était donc pour ça… Peu à peu, le paysage s’efface, pour laisser place au silence. _________________
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